J’ai conscience de forcer le trait, mais parfois, il n’est pas inutile d’user de gros traits pour faire réfléchir sur des dérives, quelle que soit leur importance, et des évolutions prétendument progressistes.

De plus en plus – chaque jour apporte de la matière à mon point de vue -, j’éprouve l’impression que pour les nominations politiques et les décisions professionnelles, pour peu que les secteurs concernés risquent d’être surveillés et médiatisés, donner une bonne ou une mauvaise image de ceux qui auront choisi, en ultime ressort, l’exigence de la compétence prime de moins en moins.

Il y a tant de paramètres « humanistes », aujourd’hui, qui se doivent de gouverner les sélections que la compétence, son évaluation, l’analyse froide et objective qu’elle devrait imposer sont reléguées.

Et avec une sorte d’allégresse, voire d’enthousiasme, comme si on était certain d’avoir éliminé toute possibilité de contestation, toute menace d’opprobre. Avec le bonheur anticipé, si bien accordé avec l’air du temps, de deviner qu’on va être loué non plus pour la lucidité technique, intrinsèque et indiscutable de la nomination à laquelle on a procédé mais grâce à son caractère novateur, progressiste, extrinsèque à l’objet.

Par exemple le président vient de nommer une personnalité secrétaire d’État aux Transports, Pete Buttigieg : l’essentiel à son sujet vise à nous laisser penser que son homosexualité a été le ressort fondamental de cet honneur. Fi de la compétence. C’est très humiliant pour le bénéficiaire au demeurant, paraît-il, brillant !

Combien de fois je mesure, dorénavant, l’éprouvante mission du pouvoir auquel est dévolu le soin de nommer et donc d’exclure !

Son sexe et son orientation sexuelle, sa couleur de peau, la parité, la diversité, son aura médiatique ou non, ses options politiques, autant d’obligations et de contraintes qui ne relèvent plus du tout de la compétence, ce terreau tellement ordinaire et ringard, aujourd’hui, pour élire et discriminer !

Cette tendance est favorisée par le besoin de chacun, en position de pouvoir occuper des charges d’importance et d’autorité, de se croire contraint de révéler ce qu’on ne lui a pas demandé, par exemple son orientation sexuelle, ce qui est la pire manière de réagir et s’oppose à ce que serait une heureuse banalisation et discrétion sur nos pratiques intimes.

La compétence est devenue superfétatoire. Les grandes écoles sont vilipendées parce qu’elles avaient le tort d’être encore un réceptacle, au moins en partie, de cette exigence.

J’attends avec impatience l’instant béni où j’apprendrai une nomination dont je n’aurais pas à soupçonner les ressorts sans lien avec ce que la personne choisie aura à accomplir.

19 décembre 2020

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