Editoriaux - 19 février 2019

Pour que Quatzenheim ne devienne pas Carpentras 

96 tombes du cimetière juif de Quatzenheim, au nord-ouest de Strasbourg, ont été découvertes profanées hier, alors que l’émotion était à son comble dans le Landerneau politique, depuis l’agitation suscitée autour de M. Finkielkraut.

Cela ressemble, à s’y méprendre, à une nouvelle affaire de Carpentras qui avait défrayé la chronique, il y a une trentaine d’années, provoquant un véritable tsunami politique et médiatique. Emmanuel Macron ne s’y est pas trompé en se rendant sur place, toutes affaires cessantes, accompagné du grand rabbin de France, Haïm Korsia, promettant « des actes » et « des lois » pour « punir ». Punir les vrais coupables, certes, mais en espérant que le chef d’État aux abois ne cédera pas à la tentation de son prédécesseur François Mitterrand, qui n’avait pas hésité à orchestrer l’exploitation politique de la profanation du cimetière de Carpentras en vue d’empêcher, alors, toute velléité d’alliance entre la droite parlementaire et le Front national qui avait le vent en poupe.

Pour que la profanation de Quatzenheim ne s’engage pas, à son tour, dans la voie de l’emballement médiatique et politique de Carpentras, il convient de rappeler, ici, qu’hélas, depuis le début des années 90, une trentaine de saccages ou d’atteintes aux cimetières juifs ont été dénombrés en Alsace. Pour Freddy Raphaël, professeur en sciences sociales qui a étudié l’histoire de la culture juive en Alsace, “la majorité des cimetières juifs d’Alsace a été profanée à un moment ou un autre, d’une façon ou d’une autre”. La plupart de ces profanations ont souvent été gardées secrètes par les autorités juives pour éviter tout phénomène de contagion, d’autant que la communauté israélite était historiquement davantage rurale, implantée à la campagne où l’isolement de leurs cimetières explique, malheureusement, la facilité avec laquelle de telles profanations ont pu être rendues possibles.

La présence des Juifs en Alsace est, en effet, très ancienne. Arrivés dans la vallée du Rhin à la suite des légions romaines, les Juifs alsaciens et lorrains représentaient, à la fin du XVIIIe siècle, plus de la moitié de la population juive de France. Hormis les cimetières, des dizaines de petites synagogues rurales tombent en ruine et l’Alsace, à travers ses collectivités locales, est en train de se mobiliser pour sauver et faire revivre ses “édifices israélites”. Grâce à la Fondation du patrimoine, les synagogues de Benfeld (Bas-Rhin) et de Thann (Haut-Rhin) participent même à la boucle du Loto du patrimoine, figurant dans la longue liste des 250 monuments qui bénéficieront des retombées de ce nouveau bingo culturel.

Ces lieux de culte ne connaîtront pas le sort de la synagogue désaffectée de Balbronn, qu’un Alsacien avait décidé de remonter en Israël, où de nombreux Juifs alsaciens avaient émigré après-guerre. À cette aventure participera, notamment, l’une des figures légendaires du judaïsme alsacien, Frédéric Hammel, dit « Chameau », responsables des Éclaireurs israélites de France durant la guerre. Avec sa famille, il partit pour la Palestine en 1947 rejoindre le kibboutz Ein Hanatsiv dans la vallée de Beït Shéan, où je l’avais filmé pour Les Alsaciens du bout du monde auquel la région Alsace avait voulu rendre hommage.

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