[POINT DE VUE] Les Gardiens de la révolution iranienne sont-ils une organisation terroriste ? L’UE hésite…

C'est un mélange de mafia sanglante, de corruption étatique, d’ultra-violence et de mysticisme sacrificiel...
@Wikimedia commons
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On se souvient que la semaine dernière, il y avait eu une sorte de petite foire d’empoigne à l’Assemblée nationale au sujet de l’opportunité d’inscrire ou non les Frères musulmans sur la liste des organisations que la France considère comme terroristes. Ce qui se passe en France – on peut toujours se consoler comme ça - n’est pas isolé, puisque cette semaine, c’est le Parlement européen qui s’écharpe, sur un sujet un peu différent mais pas tant que ça : les Gardiens de la révolution iranienne peuvent-ils être considérés par l’Union européenne comme une organisation terroriste ?

Police politique

Sur le papier, il ne semble pas y avoir matière à débat. Créés quelques semaines seulement après la prise de pouvoir de l’ayatollah Khomeyni, en 1979, ces gardiens (c’est ce que signifie le terme « pasdaran ») avaient officiellement pour but d’être une sorte de police politique. Ils se sont fait un nom dès 1981, dans la répression ultra-violente des communistes du Toudeh, qui s’étaient alliés aux islamistes pour la prise du pouvoir - leçon utile sur la manière dont se termine toujours la convergence des luttes islamo-gauchistes, au passage. Quelques années plus tard, la guerre Iran-Irak les fait monter en puissance : emportant des victoires par succession de « vagues humaines », les Pasdaran fanatisent des adolescents, les « Basidji », qu’ils lancent à l’assaut en leur promettant le paradis d’Allah. Ce discours traditionnel des islamistes, ajouté à la dimension doloriste et sentimentale du chiisme, fait des merveilles - c’est-à-dire un carnage.

À la suite de ce conflit meurtrier, les Pasdaran deviennent une armée indépendante, avec sa propre marine, ses propres missiles ou encore ses propres forces spéciales. Une armée qui défend un régime politique au lieu de défendre une patrie charnelle est une armée malade : c’est plus ou moins la jurisprudence de la Waffen-SS, au passage, même si « padamalgam », bien sûr. Implantés au Liban, où ils appuient le Hezbollah, les gardiens mettent aussi la main sur l’économie iranienne. Ils investissent dans le BTP, les communications ou les chantiers navals, mais aussi l’économie parallèle, sur laquelle ils prélèvent leur dîme.

Organisation terroriste

Parmi leurs figures, on peut citer un exemple, un seul : Qassem Soleymani, chef de la force al-Qods, l’unité de forces spéciales et de guerre clandestine, fer de lance des Pasdaran. Il fut responsable des opérations extérieures du régime jusqu’à son assassinat ciblé par les Américains, dans les premiers jours de janvier 2020. Chargé de la formation des milices baasistes pro-Assad, des Houthis du Yémen, du Hezbollah au Liban (à qui on a attribué l'attentat du Drakkar où 58 soldats français perdirent la vie, ne l'oublions pas), du Hashd al-Chaabi en Irak, il est responsable de plusieurs milliers de morts, notamment occidentaux, dans diverses attaques qu’il a personnellement dirigées ou qu’il a ordonnées.

On pourrait écrire dix articles sur le mélange de mafia sanglante, de corruption étatique, d’ultra-violence et de mysticisme sacrificiel qui constitue l’état d’esprit des Pasdaran. Une chose est sûre, en tous les cas : oui, factuellement, c’est une organisation terroriste depuis l’origine, dans l’idéologie comme dans les modes d’action. D’ailleurs, de nombreux pays de l’UE en sont convaincus, à commencer par les poids lourds que sont l’Italie et l’Allemagne. D’autres se font tirer l’oreille et préfèrent temporiser. Parmi eux, on trouve l’Espagne et… la France. Jean-Noël Barrot, notre ministre des Affaires étrangères, à qui les vrais enjeux n’échappent pas, a dans un premier temps hésité et privilégié une nouvelle salve de sanctions financières et de gels d’avoirs pour, finalement, soutenir l'inscription des Gardiens de la révolution sur la liste européenne des « organisations terroristes ». Il est temps que cette caste de stagiaires arrive rapidement au terme de sa période d’observation. Les grandes personnes s’impatientent.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 30/01/2026 à 11:52.

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Arnaud Florac
Chroniqueur à BV
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