La France est-elle en train « d’abandonner le Mali en plein vol » ? C’est ce qu’affirme l’État malien alors que la Chine et la Russie semblent s’intéresser de près à la région.

Décryptage avec Pierre-Charles d’Herbès, consultant en intelligence économique et fin connaisseur du G5 Sahel

Vous êtes consultant en intelligence économique et un fin connaisseur de la zone du Sahel où intervient l’opération Barkhane. L’État malien a accusé la France d’abandon en plein vol, est-ce une réalité ?

On ne lâche pas le Mali, on reconstruit, on change de paradigme : on était dans une stratégie « d’occupation du terrain », des grands fuseaux du G5 Sahel, dont le fuseau malien dans les trois frontières. Celui-ci était le théâtre d’opérations de grande envergure destinées à saturer les groupes armés terroristes, casser leur logistique, perturber leurs mouvements et supprimer leur liberté d’action.
Maintenant, la part belle va être donnée aux armées africaines, notamment malienne, car le QG va se recentrer sur Niamey. L’armée africaine, accompagnée par la task force européenne constituée à l’initiative de la France, va les accompagner au combat et pour la formation.
Ce changement de paradigme opératif va impliquer une densité de présence militaire française au Mali beaucoup moins forte. Cela va redonner plus de liberté d’action à des groupes armés terroristes, car les armées du G5 Sahel ne sont pas en mesure de faire face à ces djihadistes bien entraînés et efficaces.

Le gouvernement malien semble avoir pris des contacts avec des sociétés de sécurité russes, comme la société Wagner. Est-ce une conséquence du coup d’État qui s’est déroulé au Mali ?

Oui c’est assez probable, car on soupçonne fortement les Russes d’avoir encouragé ce coup d’État, et la junte au pouvoir est assez favorable à la Russie.
Il y a une volonté d’influence russe dans la zone. C’est un cas proche de celui de la Centrafrique, et cela se reproduit au Mali. Derrière la société Wagner se cache souvent le Kremlin.

Que vient faire la Russie en Afrique ?

Il y a eu la tradition d’interventionnisme russe en Afrique pendant la guerre froide, afin d’emmener des États du tiers-monde dans le bloc de l’Est pour « empêche la contamination » du bloc de l’Ouest.
Depuis 2019, au sommet de Sotchi, Poutine a réaffirmé ses visées africaines. En effet, aujourd’hui, l’Afrique est le grand jeu mondial. Tout ne se joue pas en Afrique, mais elle a une importance stratégique, pour son potentiel minier et économique. La croissance économique stable de l’Afrique pourrait les amener à être les futurs consommateurs de produits industriels de demain.
L’Afrique est perçue comme un enjeu stratégique de taille.
Sur la question agraire, la Chine achète des millions d’hectares sur le continent, et pas seulement en Afrique, pour nourrir sa population. Contrairement à d’autres pays, pour l’Europe, l’Afrique comporte aussi un enjeu sécuritaire, sur la question des stupéfiants, des migrations et du terrorisme qui sont liés. Il ne faut pas les segmenter : le combattant terroriste est un trafiquant, parfois il est trafiquant avant d’être djihadiste. Ce sont des réalités très complexes.

28 septembre 2021

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