Ce titre n’est pas vraiment pour moi puisque je n’ai regardé régulièrement « On n’est pas couché » (ONPC) qu’à sa grande époque, quand Éric Zemmour et Éric Naulleau questionnaient et qu’on était assuré, au moins, d’une libre intelligence. Par la suite, je consultais ce qu’on nommait abusivement « clashs » et qui ne surgissait dans le dialogue qu’à cause d’invités vexés par le caractère pas assez promotionnel des remarques. Ou, plus rarement, parce que de l’authenticité non programmée s’était introduite dans les échanges.

Il paraît que ONPC va s’arrêter à la fin de la saison, que son Audimat™ est en baisse mais que Laurent Ruquier, apprécié par France 2, se verra proposer d’autres émissions.

Je n’ai jamais été tendre avec Laurent Ruquier, même si, au fil du temps, par comparaison dans l’univers médiatique, j’ai dû relativiser mon jugement et au moins reconnaître sa formidable puissance de travail et sa maîtrise du langage. Ce n’est pas si fréquent. J’ai continué à être agacé par son hilarité systématique et la manière, surtout, dont il se garantissait contre toute froideur en riant le premier de ses propres drôleries.

Si ONPC est voué à disparaître, j’estime cependant que c’est une bonne nouvelle pour l’allure, la qualité du questionnement, la sincérité des échanges et l’éradication du clientélisme. En chute, en général, et en particulier dans ce moment hebdomadaire.

On ne peut pas, impunément, tromper un public en flattant ses ressorts les plus vulgaires, ses appétences les moins raffinées, en le privant notamment, parce qu’il avait été estimé trop dur, trop peu complaisant, du duo excellent évoqué plus haut qui n’avait que le tort de ne pas prendre pour argent comptant le film à célébrer, le livre à louer, le CD à vanter.

Il n’empêche qu’au milieu de cette morne ou dégoulinante plaine, soudainement, quand l’homme ou la femme conviés avait du tonus, de l’oralité, du talent, du répondant, de petits miracles advenaient qui brisaient le ronron, suscitaient pour une fois une bienfaisante polémique et offraient des armes égales.

En effet, ce n’était pas la même chose de se trouver face à Onfray, à Robert Ménard, à ou à Nadine Morano (on feignait de la mépriser mais on ne s’y frottait pas !) ou de s’abandonner paisiblement à un dialogue aseptisé où des chroniqueurs intouchables avaient forcément le dessus sur des invités tremblants.

Maintenant qu’il n’est plus flagorneur de se porter sur les rangs, j’avoue que j’aurais aimé y être convié une fois, d’autant plus que je lisais que beaucoup répugnaient à y venir par frilosité. Comme si quelque chose pouvait être plus tentant qu’une belle empoignade, toute de contradiction et de courtoisie.

ONPC apparaîtrait dépassé par « C à vous » ou « Quotidien ». La première émission est de qualité, je l’admets – j’en ai goûté à plusieurs reprises -, mais elle relève d’un autre registre. Quant à la seconde, elle a du succès, certes, mais sa dérision, sa condescendance et ses séquences parfois malhonnêtes – hors de question d’offrir de l’équité à ceux qu’on pourfend, demandons à Nadine Morano ! – n’ont jamais été mon genre. Elle se regarde trop dans son miroir. Elle se prête du talent pour n’avoir plus besoin d’en démontrer l’existence. Et la moquerie est devenue l’ADN d’un monde sans gravité ni esprit : elle compense.

Qu’on ne vienne surtout pas me traiter de haut comme si s’intéresser à ce sujet était puéril. Il est plein d’enseignements, au contraire. La est ce qu’elle aime ou déteste médiatiquement.

Je suis persuadé que, pour certains, des samedis soir bientôt seront vides.

Pour beaucoup d’autres, ils pourront se coucher.

Bonne nuit.

24 février 2020

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