Nouvelle lubie macronienne : prêter la tapisserie de Bayeux aux Anglais

Un beau geste, peut-être, mais irresponsable !
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Ce 8 juillet 2025, Emmanuel Macron a annoncé son souhait de prêter la tapisserie de Bayeux à notre voisin outre-Manche, le Royaume-Uni. Cependant, ce geste, présenté comme un symbole fort de réconciliation et d’amitié, ravive de vives inquiétudes, du côté des conservateurs et des restaurateurs, pour qui faire voyager une œuvre aussi fragile pourrait s’avérer dramatique.

Une volonté politique

Lors de son déplacement officiel au Royaume-Uni, ce 8 juillet 2025, Emmanuel Macron a confirmé ce qu’il avait déjà esquissé en 2018 : la France va prêter la tapisserie de Bayeux à l’Angleterre. Selon Le Figaro, ce prêt débutera en septembre 2026 et prendra fin en juin 2027, coïncidant avec l’achèvement des travaux de rénovation du musée de Bayeux, menés pour célébrer le millénaire de la naissance de Guillaume le Conquérant. En échange, la France recevra des pièces médiévales issues de l’exceptionnel trésor médiéval de Sutton Hoo.

Le Président présente cette initiative comme un geste de confiance et de rapprochement entre deux pays liés par une Histoire commune. Le prêt de la tapisserie, qui raconte l’invasion de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, serait aussi, selon le président de la région Normandie, Hervé Morin, « un beau message de réconciliation après le Brexit ».

Cependant, derrière ce beau geste se cache une décision contestée par de nombreux spécialistes. Dès 2018, des experts internationaux avaient mis en garde : un éventuel prêt ne pouvait être envisagé qu’après une restauration rigoureuse de l’œuvre. À l’époque, déjà, le maire de Bayeux, Patrick Gomont (NI), se disait également plus que réticent face à cette traversée de la Manche qui priverait sa cité de l’une des pièces maîtresses de son patrimoine local. Or, presque sept ans plus tard, aucune restauration d’envergure n’a été menée sur cette tapisserie. De son côté, Emmanuel Macron, fidèle à ses idées fixes et désireux d’un geste fort envers son « partenaire, allié, ami » britannique, semble faire peu de cas de ces avertissements.

Une tapisserie presque millénaire

Longue de près de 70 mètres et haute de 50 centimètres, la tapisserie de Bayeux est une broderie réalisée au XIe siècle, probablement dans un atelier anglo-saxon, peu après la conquête normande. Elle relate alors les événements ayant conduit à la bataille d’Hastings et à la victoire de Guillaume. Cette œuvre médiévale est également exceptionnelle à plusieurs titres : par sa taille, son état de conservation, la richesse de ses scènes et son importance historique. Elle est aussi précieuse, parce qu’elle a échappé, contre toute attente, aux vicissitudes de l’Histoire.

En effet, elle a notamment failli disparaître lors de la Révolution française, puis fut réquisitionnée à Paris par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Himmler, obsédé par les mythes germaniques, souhaitait l’instrumentaliser pour ses projets idéologiques. L’histoire mouvementée de la tapisserie illustre à quel point cette œuvre est à la fois un bien convoité mais aussi vulnérable.

Le cri d’alarme des experts du patrimoine

C’est justement cette fragilité que souligne notre confrère Didier Rykner, dans La Tribune de l’Art. Il y exprime l’opposition catégorique d’un grand nombre de professionnels du patrimoine au projet du président de la République.

Pour ces derniers, la tapisserie est une œuvre textile extrêmement délicate. Son état de conservation actuel est déjà le fruit d’un équilibre complexe : environnement climatique contrôlé, lumière tamisée, support adapté. La moindre variation d’humidité ou de température, une vibration excessive ou un transport mal sécurisé pourrait provoquer des dommages irréversibles. Isabelle Bédat, restauratrice ayant opéré en 1983 sur la tapisserie, déclare ainsi : « À chaque fois qu’on la manipule, on perd un peu de matière, donc un peu de résistance […] Le problème, ce n’est pas l’âge, c’est la taille. On ne peut pas la transporter comme un tableau dans une caisse. »

L’ancienne directrice du musée de Bayeux précisait également, en 2018, qu’il fallait mobiliser au moins vingt personnes pour déplacer la tapisserie de quelques centimètres, tant elle est fragile. Imaginez donc ce qu’il faudrait faire, mais aussi le coût d’une telle opération, pour emmener l’œuvre jusqu’en Angleterre…

Le projet d’Emmanuel Macron semble avoir été annoncé sans concertation avec les experts. Or, dans les coulisses, plusieurs rapports techniques ont mis en garde contre les risques majeurs d’un tel déplacement. François Neveux, médiéviste renommé et président de la commission scientifique internationale en charge du projet muséographique, confiait, à France Info : « Si j’étais seul à prendre position sur un prêt, je dirais non. » Il ajoutait plus tard : « De toute façon, ce qui se passe, c’est une décision politique, il ne faut pas se cacher la réalité. Si le président de la République veut vraiment cela, je ne vois pas comment on pourra l’éviter ni comment la ville pourrait le refuser. »

Reste donc à savoir si un véritable bras de fer aura lieu entre les politiques et les experts du patrimoine et si notre héritage historique devra se plier aux lubies diplomatiques d’un Président, peut-être inconscient des conséquences de ses désirs.

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Eric de Mascureau
Chroniqueur à BV, licence d'histoire-patrimoine, master d'histoire de l'art

Vos commentaires

88 commentaires

  1. Gardons cette merveilleuse pièce , pour nous , prêtons ou donnons une pièce historique qui ne manquera a personne : Dame Brigitte fera parfaitement l’affaire , et le monde parlerait d’eux et non pas de nous

  2. Je ne trouve pas un seul mot correct pour qualifier cette idée . Tout ce qui me vient à l’esprit serait irrémédiablement censuré .

  3. Mais qui aura enfin le courage de s’opposer aux décisions d’un président, qui n’est plus qu’une caricature de la fonction. Il va finir par détruire tout notre patrimoine si on ne l’arrête bientôt !

  4. C’est cette hérésie qui m’a interpelée à la lecture de la dernière lubie de notre président.
    Pour qui a déjà vu la tapisserie ne peut qu’imaginer les difficultés titanesques liées à ses déplacement, transport et
    innombrables manipulations.
    Courez-y vite avant que l’irréparable nous en prive définitivement !

  5. Comme toujours , il agit sur le coup d’une impulsion , pourvu que cela flatte son ego … Si cette tapisserie très fragile fait un tour en Angleterre , dans quel état va t’elle revenir ?

  6. Et comme d’habitude Macron a encore décidé seul, et chaque fois c’est une énorme catastrophe il ne peut pas s’en empêcher c’est le coq du village et c’est pas fini comme disait la pub.

  7. Macron saccage tout ce qu’il touche. Il faut impérativement l’empêcher de réaliser cette énième lubie ! Je sais bien qu’il n’a que faire de la culture française qui, selon lui, n’existe pas, mais là on ne parle pas d’un prêt de tableaux. Cette tapisserie est d’une fragilité extrême, exposée dans un environnement maîtrisé ultra contrôlé – lumière, hydrométrie… tout est mesuré. Ce n’est pas un tapis de chez Saint Macloud qu’on décroche, qu’on roule et qu’on envoie via FedEx ! Par pitié, que quelqu’un lui fasse entendre raison !

    • La chose, lui faire entendre raison, est du domaine de l’impossible. Il faut savoir raison garder mais, vu qu’il n’en a pas…

  8. Décidément, il confond toujours les genres : il croit qu’en tant que président, tout est à lui, y compris notre patrimoine historique ! Il se sert….
    que tous les conservateurs s’y opposent énergiquement, s’ils sont courageux….là, j’ai un doute…..leur « petits » postes très bien rémunérés et avec nos impots risqueraient d’en pâtir….

  9. il donne il prête ce qui appartient aux français, pour qui se pred t-il il n’est plus rien, mais continue à dépecer la France, une tapisserie n’est pas une éponge que l’on balade comme on veut surtout de la grandeur de celle de Bayeux, mais dans quelle France vit-on ?

  10. « Le Président présente cette initiative comme un geste de confiance et de rapprochement entre deux pays liés par une Histoire commune. » Cette « Histoire commune » se résume à des conflits incessants, et jamais résolus.

  11. Tout d’abord, je voudrais dire qu’a proprement parler, nous ne parlons pas d’une tapisserie mais plutôt d’une broderie, ce qui n’est pas la même chose. Mais au-delà du point précédent, l’important est de souligner le valeur de la pièce, qui est très élevée. C’est un autre acte stupide de la part d’un grand imbécile.

    • C’est vrai que c’est une broderie, mais qui a toujours été nommée officiellement Tapisserie de Bayeux » ou « Tapisserie de la Reine Mathilde ». Ça sonne mieux à l’oreille ! ! D’accord avec vous pour la stupidité de l’idée macronienne, mais qu’attendre d’autre de ce personnage ? J’ai d’ailleurs posté un commentaire en ce sens.

Commentaires fermés.

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