« Nous partagions avec Jean-Pierre Soisson ce vrai amour du terroir et ce vrai amour des gens. »

Régis de la Croix Vaubois

Jean-Pierre Soisson, plusieurs fois ministre sous Raymond Barre, Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand, député et maire d'Auxerre, est décédé ce mardi 27 février à l'âge de 89 ans. Il avait emporté la présidence de la région Bourgogne en 1998 grâce aux voix des élus Front national. Régis de La Croix-Vaubois, conseiller régional de 1992 à 2010, a côtoyé et apprécié Jean-Pierre Soisson. Il réagit à sa disparition.

Gabriel Decroix. Quel vide Jean-Pierre Soisson laisse-t-il dans la vie politique française ?

Régis de la Croix-Vaubois. Jean-Pierre Soisson était typiquement un animal politique. Il y a les bons animaux et les prédateurs. Il faisait partie de la première catégorie. Il était très attaché à son terroir bourguignon et à la France. Il a fait ses premières armes comme officier, durant la guerre d’Algérie, et cela a scellé son attachement à la France. Il était animé par un vrai sens de l’intérêt général et de l’intérêt national. Finalement, au-delà de ses engagements et activités politiques, ce qui décrit le mieux la trajectoire de cet homme, c’est d’abord et avant tout qu’il aimait les gens. C'est pour cela que dans notre groupe FN, nous nous entendions bien avec lui. C’était un homme d’une grande culture et un homme libre. Par deux fois, le groupe Front national l’a porté à la présidence du conseil régional de Bourgogne en 1992 et 1998, et par deux fois, Jean-Pierre Soisson a tenu bon face à la contestation de la classe politique et médiatique, dans l’intérêt de la région.

À l’époque, lorsque le groupe Front national l’avait porté à la présidence, notamment en 1998, il avait accepté un engagement avec nous : nous le soutenions pour qu’il devienne président, mais nous ne participions pas à l’exécutif de la région, à deux conditions : qu’il n’augmente pas l’impôt des Bourguignons et aussi qu’il n’ait pas recours à l’endettement pour financer les projets et gère la région comme un bon père de famille. Grâce à cela, à la fin de ses six ans de mandat, la région Bourgogne était l’une des régions les mieux notées en termes de pression fiscale - très faible - et d’endettement. Cela l’obligeait - et il l'a très bien fait - à se cantonner aux prérogatives du conseil régional sans s'éparpiller dans le financement d'un certain nombre d'activités qui n’ont rien à voir avec l’objet d’un conseil régional et de s'occuper de ses fonctions principales comme l'entretien des lycées, etc.

Nous avons été amenés à travailler beaucoup ensemble, et nous partagions avec lui ce vrai amour du terroir et ce vrai amour des gens. Qualités qu’on a bien perdues dans le monde politique aujourd’hui, comme celle d'être attaché à son terroir. Aujourd’hui, on voit malheureusement une classe politique qui est devenue totalement hors-sol.

G. D. Quelle est la situation de la région Bourgogne, depuis son départ ?

R. d. l. C.-V. Les périmètres des régions ont été détricotés sous la présidence de François Hollande. Tout cela n'a plus grand sens, les identités régionales ont été diluées. L'interdiction du cumul des mandats a totalement coupé la classe politique parisienne de ses racines, du pays réel. Aujourd’hui, nous avons des technocrates totalement hors-sol. Sur le plan idéologique, nous avions des différences importantes avec cette classe politique, mais nous étions d’accord sur un élément : l’amour de la France. Nous n’étions pas d’accord sur la manière de la gérer, mais nous étions guidés par le sens de l’intérêt national et l’intérêt général qui nous réunissaient. Nous avons fait un certain nombre de coups politiques qui ne nous empêchaient pas de partager des coups à boire. C’est bien normal, en Bourgogne, dans la région de Chablis qui plus est !

Gabriel Decroix
Gabriel Decroix
Étudiant journaliste

Vos commentaires

11 commentaires

  1. Manifestement la Droite était moins *** à cette époque. Jean Pierre Soisson était comme il était, il fallait qu’il soit là. Mais sur l’essentiel, au fond, il allait dans le bon sens : celui de son Pays et de sa Région et je crois qu »il était localement assez aimé. Evidemment, il était détesté des chiraquiens, surtout ceux qui allaient trahir le gaullisme et qui lui reprochaient avec véhémence les travers dont ils étaient les premiers porteurs. Lui au moins, comme Millon, ne faisait pas de chi-chi (rac) avec le FN.

  2. Il suffit de s’imbiber de l’atmosphère festif du Salon de l’agriculture, pour connaître l’amour des français pour leur territoire !
    La jeunesse agricole chante et danse partout dans les allées !
    La différence d’atmosphère est flagrante, surtout après la journée inaugurale fiasco d’un macron, et la visite style enterrement de 1ère classe d’un Attal jouant avec sa petite vache en peluche, et aussi à l’aise, qu’un elephant dans un magasin de porcelaine.

  3. Il aurait pu également être ministre sous Sarko et ….Macron. Mais l’âge étant là, il lui aura manqué ces 2 nominations à son palmarès de parfait opportuniste

  4. Pfff. J’ai lu la première ligne de cette interview de cet inconnu et ça m’a amplement suffi. Soisson était le prototype de l’opportuniste de la chanson de Jacques Dutronc. Il a tellement retourné sa veste qu’elle craquait de tous côtés. Quand on se met au service de Mitterrand, on se met au service de celui qui a détruit la France que nous aimions !

  5. Un homme politique qui aimait la France , sa région et ses valeurs , paix à son âme . « Aujourd’hui, nous avons des technocrates totalement hors sol. « mais surtout des fossoyeurs .

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