Editoriaux - Société - 24 août 2019

Nos têtes (dé)couronnées ont quand même plus de gueule !

L’été est la saison des lectures ineptes. Par exemple, la revue people que le précédent locataire a laissée sur la table basse. Elle est gondolée par l’eau de la plage et maculée d’huile solaire, mais on se jette sur elle comme le drogué sur la colle et l’alcoolique sur un fond de Villageoise, parce que l’on est en manque et que l’on ne trouve pas, au fond de la valise, le bouquin que l’on était sûr d’avoir emporté.
On ne connaît pas la moitié des stars, tant la rotation s’est accélérée – ce sont des stars filantes… -, les têtes couronnées, elles, sont des people durables. Même s’il arrive, comme dans la chanson de Téléphone, que l’un ou l’autre f… le camp avec la Belle au bois dormant, faisant tomber Cendrillon aux oubliettes du Gotha.

Mais ces princes sont, comme nos légumes, des produit d’importation. À l’heure de l’écologie et du localisme, ne pourrait-on pas nous vendre de la tête couronnée de proximité, garantie made in France ?

Nous les avons guillotinés ? Pourtant, les princes qui nous restent semblent avoir fichtrement plus la tête sur les épaules que bien de leurs royaux cousins. Comme si leur mise en pénitence les avait purifiés, protégés à la fois des vices du temps et de leur caste.

Puisqu’on en parle, que l’on ne me demande pas de trancher.

Comme dans nombre de familles françaises catholiques, ces querelles dynastiques – stratosphériques pour la plupart des Français – ont animé, dans la mienne, les repas de plusieurs générations. « Ils en ont parlé. » À avoir écouté dérouler, chaque année, entre la poire et le fromage, tous les argumentaires, je serais capable de prouver que l’un est le seul prétendant valable au trône quand l’autre est, évidemment, un imposteur. Et, tel l’abbé de Ridicule, défendre le point de vue inverse avec la même conviction.

Mais je note qu’Orléans ou Bourbon, Jean ou Louis, comte de Paris ou duc d’Anjou, chacun de ces princes tient la route, et surtout le cap. Il cultive dans la discrétion, l’élégance et la sobriété les valeurs traditionnelles, offrant le spectacle touchant d’une jolie famille nombreuse aux enfants souriants (Harry, si tu nous entends). Leur compte Twitter respectif – je vous conseille d’y jeter un œil par curiosité – respire l’amour de la France, et une attention sobre et belle pour les Français, surtout ceux qui sont en danger, qui donnent l’exemple, qui se sacrifient ou qui souffrent : qu’ils soient gilets jaunes, militaires morts en opération ou fragiles handicapés comme feu Vincent Lambert. Aucune indignation factice ou surjouée, aucun narcissisme masqué, aucun excès, aucun humour déplacé, aucune concession à l’air du temps. Une tenue, une dignité, une justesse d’analyse que l’on serait bien en peine de trouver chez nos politiques. Osons le mot, que l’on a, si peu de nos jours, l’occasion d’exhumer du dictionnaire : ils sont exemplaires. Bien sûr, ils n’ont aujourd’hui aucun rôle à jouer, même pas celui de potiche officielle, comme leurs cousins régnants. On ne peut pas dire qu’ils soient des phares – ils sont si peu visibles… – mais ils sont au moins des lucioles, que l’on peut discerner quand on s’en donne la peine, dans l’obscurité de la pensée qui semble couvrir notre pays.

Les journaux devraient un peu plus parler d’eux. La fraîcheur, l’authenticité, la simplicité, la durabilité, la fiabilité et même l’esthétique qu’ils dégagent séduiraient nombre de lecteurs, fatigués de la vulgarité, du bling bling, du jetable et de la duplicité.

Quel besoin de choisir ? Il sera toujours temps de s’écharper quand le retour possible d’un roi en France se profilera, ce qui, on en conviendra, n’est pas pour demain !

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