Agriculture - Economie - Editoriaux - Environnement - 5 juillet 2019

Nos paysans peinent à exporter ? Tant mieux !

Économiquement, c’est la mauvaise nouvelle du jour : la balance agroalimentaire française est dans le rouge, vis-à-vis de ses clients européens. Nos exportations stagnent, tandis que nos importations alimentaires bondissent de 24 %.

À en croire Les Échos, quotidien de référence en la matière, « la France paie son positionnement haut de gamme ». Et, là, politiquement, et même pour tout le reste, ce serait plutôt la bonne nouvelle du jour.

Interrogé par le même quotidien, Vincent Chatellier, économiste de l’INRA (Institut national de la recherche agronomique) prétend que nous serions victimes « du localisme à tous les étages ». Mieux : « Nous avons une viande de grande qualité, issue de races à viande, mais nous avons du mal à la vendre parce qu’elle coûte plus cher que la viande des vaches laitières allemandes, néerlandaises ou polonaises. » Voilà qui peut aussi faire figure de seconde bonne nouvelle du jour.

Car au-delà de cette stricte logique comptable – comme si la vie n’était qu’une équation –, voilà qui signifie que nos paysans recommencent à faire rayonner à la fois excellence et exception françaises. Oui, nos viandes sont chères, au même titre que nos céréales ou nos fromages ; sans oublier notre vin dont les exportations, elles, ne faiblissent pas. Mais cela a également l’avantage de nous rappeler que tout travail a son prix et que la qualité a un coût. Et, principalement, que l’honnête travailleur n’est pas qu’une simple variable d’ajustement dans une mécanique mondialisée le dépassant de loin.

Après, libre à chacun de préférer la bouffe industrielle, façon Tricatel dans L’Aile ou la Cuisse, film prophétique de Claude Zidi et de notre Louis de Funès national. Les Allemands et les Polonais font ça très bien. Surtout les derniers, immanquablement premiers dès lors qu’il s’agit de torpiller les reliquats de construction européenne : acheter du matériel militaire fabriqué sur le Vieux Continent plutôt que de se fournir chez l’Oncle Sam, ça leur arracherait la bouche, à ce peuple d’exportateurs de plombiers et d’éleveurs sûrement pas foutus de faire la différence entre une chèvre et un lapin ?

La seconde mauvaise nouvelle, mais qui, elle, relèverait plus du registre sociétal qu’économique, c’est que, pour ne parler que de fromages, les Français seraient de plus en plus attirés par ceux de l’étranger. Il est vrai que dans les hamburgers, les pizzas et les kebabs, il n’y a que peu de place pour un chabichou du Poitou, amoureusement affiné.

D’ailleurs, à en croire la revue de presse de RTL de ce vendredi 5 juillet, nos petits producteurs préféreraient vendre directement sur les petits marchés qu’aux aigrefins de la grande distribution, et à des étrangers qui ne sont même pas de chez nous. En effet, c’est à ça qu’on reconnaît « l’étranger » : « Il n’est pas de chez nous », Agecanonix dixit, dans Les Aventures d’Astérix le Gaulois, scénarisées et dialoguées par l’irremplaçable René Goscinny.

Pour clore sur une note optimiste, à rebours des éternels prophètes de malheur proliférant trop souvent à droite et même à la droite de la droite (et à gauche, évidemment, déclinisme et catastrophisme se rient des étiquettes de partis), on dira que notre vieille nation, notre peuple un brin fatigué ont encore de la ressource. Le passé a encore de l’avenir, la preuve par cette nouvelle paysannerie renouant avec la tradition du travail bien fait, du bon produit et de l’assiette bien garnie.

L’occasion, encore, de comprendre que l’homme n’est pas propriétaire du divin jardin, n’en étant que l’usufruitier de passage. Cet héritage, il faut, bien sûr, le faire fructifier, mais également le transmettre, tout en le laissant tout aussi propre qu’on souhaite l’y trouver en y entrant ; un peu comme les toilettes de gare, mais en plus joli.

Ces choses écrites, un généreux morceau de brie truffé à l’échalote, arrosé d’un sévère coup de chablis, et on se dira que, dans ce pays plus que millénaire, le pire n’est pas forcément certain.

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