Il y a deux ans, avait lieu le drame de Trèbes et le sacrifice du colonel . Il y a quelques jours, Boulevard Voltaire a recueilli les propos de Nicolle Beltrame, sa mère.

Le 24 mars 2018, dans l’hypermarché U de Trèbes, un lieutenant-colonel de gendarmerie échange sa vie contre celle d’un otage. Quelques heures plus tard, l’assaut est donné, le terroriste est abattu et celui dont nul ne connaît encore le nom est retrouvé agonisant dans une mare de sang. Cet homme, c’est Arnaud Beltrame.

Deux ans plus tard, sa maman, Nicolle, reçoit encore de nombreux appels, à tel point qu’elle a décidé de couper son téléphone fixe pour la journée : « Je reçois encore beaucoup de demandes pour ériger des stèles, assister à des commémorations, inaugurer des rues, des ronds-points, des squares… » Ce fut récemment le cas, le 26 février dernier, dans une ancienne caserne de gendarmerie où fut baptisé le jardin Arnaud-Beltrame, rejoignant ainsi les quelque 310 lieux dédiés à l’officier. Mais Nicolle Beltrame ne tient pas à ce que le nom de son fils croupisse sous un volet battant :

« Ce n’est pas le tout de mettre le nom d’Arnaud, il faut s’inspirer de ce qu’il était, c’était un modèle dans son engagement, dans ses valeurs républicaines. »

Observant l’évolution du paysage français, elle estime, enfin, que rien n’a changé : « Arnaud déplorait tout ce qui se produit. »

Dans son village, Nicolle Beltrame n’évoque jamais son fils : « Je vais déposer des fleurs sur des monuments et je me recueille sur la tombe d’Arnaud. » À l’occasion de cette première journée d’hommage aux victimes du terrorisme, plusieurs commémorations devaient avoir lieu, notamment dans le Morbihan, près de Vannes. Mais toutes ont été annulées à cause du . Nicolle Beltrame souligne, toutefois, l’importance des gestes mémoriels. « De toute façon, je suis toujours en communion avec Arnaud et avec les autres victimes du terrorisme », confie-t-elle.

Dans quelques jours, Nicolle Beltrame retournera sur la tombe de son fils après avoir inauguré plusieurs stèles. « Peu importe qu’il soit écrit “victime du terrorisme” ou “mort au service de la nation”, du moment qu’il n’est pas simplement écrit “place Beltrame” », estime-t-elle.

Lui revient alors une rumeur, quelques semaines après la mort du colonel Beltrame, selon laquelle elle aurait interdit aux municipalités FN d’inaugurer une rue en hommage à son fils : « Je n’ai jamais interdit cela… j’ai dû démentir auprès de plusieurs médias. Arnaud n’appartenait à personne, Arnaud appartenait à la France. »

Propos recueillis par Maud Protat-Koffler

Mis en ligne le 2020

Dernière mise à jour le 23 mars 2020