Editoriaux - International - Justice - Médias - 8 septembre 2017

Moralisation de la vie publique ou inquisition journalistique ?

Depuis que la République est devenue « morale », les médias qui se sentent méprisés par le nouveau pouvoir passent leur temps à fouiller les poubelles, éplucher les comptes et surtout les organigrammes des entreprises sur Verif.com. Ils mènent l’enquête en fins limiers afin de mettre au jour d’horribles forfaits : l’ancienne maîtresse, voire la concubine du fils ou la cousine du grand-père du député Machin n’auraient-elles pas vendu des cacahuètes siglées à la permanence de l’élu entre le 16 juillet et le 12 août 1993 ?

Ils cherchent, fouinent, reniflent comme des cochons truffiers… et forcément, ils trouvent !

Cela d’autant plus que l’Assemblée actuelle compte 50 chefs d’entreprise, 97 cadres du secteur privé, 43 juristes dont pas mal d’avocats qui ont conservé leurs activités, et sans doute quelques dizaines d’autres répertoriés comme « profession libérale ». Ces gens-là ont un passé professionnel et économique qui, d’évidence, se conjugue encore au présent dans un mélange des genres parfois… maladroit.

Ainsi de madame Pascale Fontenel-Personne, toute nouvelle députée de la Sarthe sous la bannière de La République en marche, dont l’hebdomadaire Marianne dit qu’elle arrondirait ses fins de mois sur le dos de l’Assemblée.

Patronne d’une PME qui organise des excursions touristiques pour seniors – Access Tour Le Mans –, son entreprise propose dans sa brochure deux sorties parisiennes, les 12 octobre et 4 décembre prochains, au tarif de 119 euros. Au menu, dit Marianne, “on trouve Montmartre, le marché de Rungis, le Louvre, le château de Versailles… mais aussi l’Assemblée nationale”. Horreur et putréfaction : une visite du Parlement “en présence” de la dame. Houououououo… la pas belle !

Les parlementaires ont, certes, le droit de faire visiter l’Assemblée, mais à condition, bien sûr, que cette visite soit totalement gratuite. Or, la visite étant incluse dans le forfait, on écrit que la députée “facture des visites guidées à l’Assemblée” (titre de Valeurs actuelles).

D’accord, on aime bien tirer sur la Macronie, mais bon, la ficelle est un peu grosse, non ?

Accusée de “promouvoir ses intérêts privés” et, donc, de contrevenir au règlement, Mme Fontenel-Personne s’est expliquée dans un communiqué : elle s’est “mise en retrait de son entreprise”, dit-elle, et précise que “le tarif comprend le trajet entre Le Mans et Paris, les repas ainsi que les déplacements divers”, assurant qu’“il n’a jamais été question de faire payer l’entrée de l’Assemblée nationale, la visite étant gratuite”.

Le président François de Rugy a néanmoins saisi la déontologue de l’Assemblée. Peut-être est-ce justifié, peut-être pas.

Personne, en revanche, pour rappeler Ségolène Royal à la décence. Une dame qui pense qu’à toute chose malheur est bon et que la charité bien ordonnée commence évidemment par elle-même. C’est pour cette raison qu’elle a fort élégamment décidé de surfer sur les vagues tueuses et dévastatrices de l’ouragan Irma. Alors que des informations dramatiques parvenaient en métropole sur le sort des malheureux habitants de Saint-Martin, Ségolène Royal s’est hâtée de tweeter, tel un Donald Trump : “Impact des catastrophes climatiques À lire sur Facebook le chapitre sur Climat et Sécurité de mon livre sur #Justice Climatique.”

Il faut la comprendre, aussi, cette femme. Imaginez, son impérissable Manifeste pour une justice climatique, publié en avril dernier, a dû peiner à dépasser les 3.000 exemplaires en librairie. Surtout, habituée depuis quarante ans aux ors de la République, Mme Royal a dû se résoudre à entrer au congélateur : “Ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique.”. C’est tout ce qui lui reste… et la cour des manchots pour écouter ses péroraisons.

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