Au feuilleton de la mondialisation heureuse, les épisodes se succèdent parfois d’étrange façon. Cette semaine, nous sommes dans les affaires maritimes. On apprend ainsi, en vrac, que l’affreux Erdoğan vient de renvoyer son navire de recherche, l’Oruç Reis, dans les eaux grecques de Kastellórizo. Histoire, peut-être, de détourner un peu l’attention de ses amours avec l’Azerbaïdjan.

Plus riant, on apprend aussi qu’un jeune prodige de la natation, Christophe Maleau, âgé seulement de 12 ans, vient de réussir la traversée à la nage entre Sainte-Lucie et la Martinique, soit quarante kilomètres, en moins de 14 heures, ce qui signifie une moyenne de 2,85 km à l’heure. Prodigieux, on vous dit !

Jamais deux sans trois, maintenant ce titre de Valeurs actuelles : « Manche : contre la traversée des migrants, la police britannique pourrait utiliser… des filets. » En voilà une idée qu’elle est bonne, comme aurait dit feu Coluche. Si bonne qu’on se demande comment on n’y avait pas pensé plus tôt…

C’est, à l’origine, une info du Sunday Telegraph : « Chargé par le ministère de l’Intérieur de lutter contre les traversées illégales de la Manche, l’ex-officier de la Royal Marine Dan O’Mahoney a expliqué au quotidien que Londres se préparait “à utiliser des filets pour ‘mettre hors service’ les canots pneumatiques transportant des migrants à travers la Manche” en bloquant leurs hélices. » Et d’où viennent-ils, ces canots pneumatiques, je vous le demande ? D’en face : de Boulogne, Ouistreham, Cherbourg, Zeebruges et surtout Calais. La traversée de la Manche… une bagatelle pour le jeune Christophe Maleau, le dernier rêve pour ceux qui échouent sur cette côte où finit notre Vieux Continent. Il est vrai que, par temps clair, quand la pluie et le vent ont lavé le ciel, on croit pouvoir toucher du doigt les falaises de l’autre côté du Channel.

Ils s’énervent, nos amis brexiteurs. On les comprend : entre janvier et la mi-août 2020, plus de 4.500 migrants sont arrivés sur les côtes britanniques, soit plus du double du total de 2019 ! Effet Covid, peut-être ? Dans un pays sous confinement, on déjoue plus facilement les contrôles…

Le problème, ce ne sont pas les moins de 34 kilomètres qui séparent Calais de Douvres mais l’extrême dangerosité de ce couloir maritime emprunté, chaque jour, par des centaines de bateaux. C’est 25 % du trafic mondial qui passe par la Manche, et 17 millions de passagers qui la traversent chaque année sur les ferries. La Manche est une autoroute des plus dangereuses et il n’est pas besoin d’être marin pour deviner qu’un canot pneumatique empli de migrants ne pèse rien face aux tankers qui sillonnent le Channel. Alors les Anglais songent à remettre à l’honneur la vieille recette des gladiateurs : le filet.

Hélas, de ce côté-ci de la Manche, on trouve l’idée nettement moins bonne. La politique du filet vise, en fait, au retour à l’envoyeur. Or, la France, trop contente de s’en être débarrassée à bon compte, refuse de récupérer ses migrants. L’officier O’Mahoney l’a confié au Telegraph : le gouvernement de Boris Johnson tente par tous les moyens d’« inciter les candidats à l’immigration en et au Moyen-Orient à demander l’asile dans le premier pays sûr où ils arrivent, plutôt que de risquer leur vie dans un voyage incroyablement dangereux pour atteindre illégalement le Royaume-Uni ».

Donc, quand la perfide Albion aura récupéré nos migrants – il en arrive toujours plus de 300 par jour -, elle les mettra au chaud dans « des centres de rétention offshore, des prisons désaffectées ou de vieux ferries ».

 

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