Les manifestations se poursuivent au Liban. Des heurts ont eu lieu à Beyrouth, dans la nuit de dimanche à lundi. Maya Khadra fait le point sur la situation pour Boulevard Voltaire. L’occasion d’évoquer avec elle la situation explosive en Iran, où le peuple lui aussi est descendu dans la rue. Manifestations rudement réprimées. Bilan : 143 morts, selon Amnesty International.


Des émeutes ont éclaté à Beyrouth entre manifestants anti gouvernementaux et des partisans des mouvements chiites dont évidemment le Hezbollah.
Quelle est la situation sur place ?

Tout d’abord, j’aimerais corriger certaines expressions. Ce ne sont pas des manifestants anti gouvernementaux, mais des manifestants qui réclament un Liban libre, libre de l’oligarchie et libre des influences extérieures. On pourrait davantage qualifier ce mouvement de mouvement patriote et nationaliste, toutes confessions confondues. Le facteur chiite est un grand pilier dans tout ce mouvement contestataire au Liban. Beaucoup de chiites indépendants ou qui n’obéissent plus ni au Hezbollah ni à l’autre parti très milicien aussi, Amal, sont présents dans toutes les rues libanaises, dans les grandes places et dans les grands endroits de sit-in.
Le Hezbollah est de plus en plus isolé sur la scène nationale. Il avait un certain appui provenant des Libanais parce qu’il a longtemps été qualifié de résistance, résistance contre contre Israël et résistance pour défendre la frontière sud du Liban. Or, le Hezbollah a commencé à menacer les Libanais et a attaqué la capitale libanaise le 7 mai 2008. Dans les rues de Beyrouth, hier et avant hier, ce slogan a été scandé par les miliciens du Hezbollah. Ils ont dit qu’ils voulaient un nouveau 7 mai. Après le 7 mai 2008, les équilibres politiques ont changé et ont basculé en faveur du Hezbollah, parce qu’il a terrorisé les habitants civils de Beyrouth, sans que l’armée intervienne. En effet, il y a un risque de guerre civile s’il y a affrontement entre armée et Hezbollah.


La situation peut-elle devenir incontrôlable ?

Il y a évidemment un grand danger. Ce pays a traversé une guerre civile, des mini guerres ensuite et aussi des années d’occupation israélienne et syrienne. Le Liban danse sur le cratère d’un volcan. Il y a donc toujours un risque de chute dans une guerre civile.
Je pense néanmoins que les Libanais sont immunisés. La cohésion sociale entre les différents partis et les différentes confessions majoritaires dans la rue empêcherait une dégradation de la situation. Ce que je prévois et ce qui attend les Libanais dans les prochains jours et les prochains mois, c’est la prolongation de ce statu quo.
On a un gouvernement pour gérer les affaires courantes, mais il y a une impossibilité pour le moment de former un nouveau gouvernement de technocrates. Le président de la République n’a pas l’intention de l’instaurer et de le former. Jusqu’à aujourd’hui, il a torpillé l’ultimatum constitutionnel de 48 heures qui l’oblige à inviter les blocs parlementaires avec consultations, en vue de nommer un Premier ministre. Il n’a donc pas respecté la constitution.
Par ailleurs, il y a la grande pression du Hezbollah qui n’acceptera jamais un gouvernement sans lui.
Or, beaucoup de partis politiques participent à toutes ces mobilisations et affirment qu’ils ne veulent pas participer au gouvernement. Aujourd’hui, la réclamation première du peuple est un gouvernement d’indépendants pour une sortie de la crise.
Il y a toujours deux obstacles contre cela : le Hezbollah et le président de la République. Le Hezbollah empêche la formation d’un tel gouvernement. Le président de la République n’a malheureusement pas la carrure nécessaire pour contrecarrer les intentions du Hezbollah.


En Iran, des troubles ont éclaté. Depuis le début du conflit, il y a eu 143 morts. Du côté du gouvernement, on promet de punir les mercenaires derrière la contestation. Y a-t-il un parallèle à faire avec la situation libanaise ?

Oui tout à fait. Quand on dit mercenaires, on parle du peuple iranien qui est en train de se révolter.
Il y a eu beaucoup d’accusations, accompagnées du complotisme sur le financement de ce mouvement par les ambassades occidentales, en particulier l’ambassade américaine. C’est comme cela qu’on affaiblit un mouvement et qu’on cherche à le dissocier. Tout cela n’est pas vrai. Cela fait partie de la propagande de ce régime qui a eu recours à la répression.
143 morts en Iran, ce n’est qu’un chiffre officiel récupéré par Amnesty International. Beaucoup d’autres sources disent que ce chiffre peut être remonté à 200 ou à 250 morts.

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