Editoriaux - Société - 8 juillet 2019

Marlène Schiappa, notre Super Woman

Marlène Schiappa nous a annoncé, pour septembre, un « Grenelle des violences contre les femmes ». On se demande pourquoi son lyrisme de foire n’a pas volé jusqu’à « Nuremberg », comme l’aurait laissé supposer le suffixe « cide » du terme pour le moins bizarre de « féminicide ». Pas un jour, en effet, qu’elle ne nous sorte un nouveau crime contre l’humanité, ou plus précisément contre les femmes, qu’apparemment les hommes, ces membres des commandos de la mort, ont décidé de trucider. Quelques centaines de bobos de sexe féminin ont défilé, samedi dernier, pour exiger des mesures de salut contre cette hécatombe.

Voyons les chiffres.

75 épouses ou compagnes auraient été victimes de meurtres depuis janvier (sans qu’on nous octroie l’identité des coupables, ce qui aurait été intéressant). Évidemment, c’est très regrettable, et nous compatissons aussi aux nombreuses victimes d’homicides (805, par exemple, entre octobre 2017 et septembre 2018). Notons, de même, que, s’il existe plus de tentatives de suicide chez les femmes (en 2015, 47.981 femmes et 30.147 hommes ont été hospitalisés pour cette triste raison dans des services de médecine et de chirurgie), en général, les trois quarts des décès avérés sont le fait d’hommes, soit un peu moins de 7.000, sur environ 9.000. Comme dans bien des domaines, il faudrait analyser précisément les différences entre hommes et femmes, notamment en ce qui concerne la violence qu’on exprime, celle des hommes étant plus ouverte, physique, celle des femmes plus psychologique, mais non moins redoutable.

Toutefois, il est certain que les problèmes actuels de couples qui se déchirent aboutissent à autant de souffrance d’un côté que de l’autre. Et la société libérale, par son individualisme, son agressivité contre l’humain, surtout par la destruction des liens sociaux, familiaux, communautaires, porte une lourde responsabilité dans cette diffusion de la violence, qui se traduit aussi dans d’autres domaines et qui touche autant les hommes que les femmes. Les deux parties complémentaires de l’humaine condition ne devraient-elles pas, plutôt, s’unir contre un système qui les détruit ? C’est justement ce qu’il faut éviter.

Car ce délire, qui, depuis quelques lustres, sert à désigner, à la manière américaine, des responsables immondes, souvent d’ailleurs présentés sous les traits de mâles hétérosexuels, de préférence blancs, pères de famille et époux, relève de ce stratagème, très bien explicité par le think tank Terra Nova, de submerger la population de questions sociétales, de chercher des boucs émissaires bien typés, les problèmes sociaux et nationaux étant étouffés. À la suite de quoi, il est loisible, par un battage médiatique adéquat, de déployer un dispositif législatif, judiciaire et policier pour maintenir les peuples européens et américains dans un mutisme craintif, voire terrifié.

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