Louis Chagnon, ancien professeur, est l’auteur de L’école française et l’islam : l’histoire d’un professeur d’histoire victime du terrorisme intellectuel. Il répond aux questions de Boulevard Voltaire.

Vous avez vécu une situation similaire à celle qui a conduit à l’assassinat de Samuel Paty. Pouvez-vous la raconter ?

Oui, en 2003. Professeur d’histoire-géographie au collège Georges-Pompidou de Courbevoie, j’avais été poursuivi par sept parents d’élèves qui m’avaient accusé de « racisme anti-musulman » en raison de mon cours sur le monde musulman. J’avais révélé à mes élèves que Mahomet avait été un voleur, pour avoir pillé les caravanes de La Mecque, et un assassin, en faisant égorger 600 à 900 juifs en un jour, en référence au massacre de la tribu juive des Qurayzah, en 627. Sur les sept, il y avait cinq faux parents d’élèves et ils ont utilisé un cahier falsifié me faisant dire que « Mahomet a fait exécuter 600 à 900 juifs par jour » et non pas en un jour. La falsification sera attestée par une analyse graphologique. L’Éducation nationale, loin de me soutenir, a donné suite à la demande de ces islamistes en imposant la censure musulmane sur l’école laïque en faisant arracher les pages de mon cours des cahiers d’élèves. Elle m’a traduit en conseil de discipline et m’a donné un blâme pour « formulation simpliste » et « attitude de provocation ou maladresse ». Même si cette sanction était minime, je ne pouvais pas accepter une sanction qui qualifiait de « maladresse » le fait d’avoir qualifié d’assassin quelqu’un qui avait fait exécuter des centaines de juifs. J’ai entamé une procédure auprès du tribunal administratif, qui a cassé ce blâme en arguant du fait qu’ayant transmis des faits historiques exacts, je n’avais commis aucune faute professionnelle.

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez appris cet attentat ? Vous êtes-vous dit : « Ça aurait pu être moi » ?

Tout à fait. Les islamistes qui m’ont poursuivi n’ont jamais demandé à me rencontrer ou à rencontrer le principal du collège pour régler cette affaire mais ont immédiatement contacté l’AFP afin de la rendre publique. En faisant cela, ils me désignaient publiquement à la vindicte islamiste. J’avais, à l’époque, reçu des consignes de la part des Renseignements généraux pour assurer ma sécurité et celle de ma famille, en particulier pour mon fils qui avait alors huit ans. Pour ma part, je n’ai reçu que des insultes verbales de la part d’un employé musulman d’un magasin Monoprix.

Ce que vous avez vécu et ce que Samuel Paty a vécu avant sa mort, est-ce isolé ou cela devient-il une norme ?

Cela est de plus en plus courant. C’est, d’une part, le résultat de l’immigration musulmane et de l’augmentation de sa population en France ; d’autre part, celui de l’image idyllique du personnage de Mahomet véhiculée par une propagande qui vise à faire accepter l’islam comme une religion de paix et d’amour. Or, cette vision est contraire à la réalité historique : Mahomet a fait assassiner tous les poètes juifs qui s’étaient moqués de lui, il a commis un génocide tribal en exterminant tous les hommes de la troisième tribu juive de Médine et a réduit en esclavage leurs femmes et leurs enfants. Tous ces faits sont relatés dans les sources musulmanes, je n’invente rien. Mais la grande majorité des musulmans ne connaissent pas la biographie de Mahomet et cette réalité historique heurte aujourd’hui les musulmans qui veulent croire que leur prophète annonçait la paix sur Terre. Or, cela a été le contraire. Lorsque les professeurs d’histoire veulent enseigner les débuts de l’islam, ils se heurtent à cette vision édulcorée de Mahomet. Maintenant, le véritable enjeu est la volonté de l’islam de contrôler des pans entier de la société française, et en particulier de l’Éducation nationale.

Comment expliquer l’impuissance de l’Éducation nationale sur ces sujets ?

L’Éducation nationale a une responsabilité écrasante dans la situation actuelle. En 2003, j’ai riposté aux islamistes en pensant que l’Éducation nationale et la Justice allaient affirmer les principes laïques de l’État républicain. Or, c’est tout le contraire qui s’est passé. L’administration de l’Éducation nationale a capitulé face aux exigences de l’islam. Elle a préféré le déshonneur à la laïcité et l’antisémitisme aux valeurs républicaines, car avoir voulu me sanctionner pour avoir qualifié d’assassin quelqu’un qui a fait assassiner des centaines de juifs est une profession de foi antisémite. Elle était devenue, par pure idéologie politique socialisante, une administration dhimmie allant jusqu’à s’appuyer sur de faux parents d’élèves et un cahier falsifié ! Lors de mon conseil de discipline, mon avocat a terminé sa plaidoirie par ces paroles adressées à ses membres : « Attention ! C’est vous que l’on va juger. » Effectivement, on peut juger les conséquences de leurs actes aujourd’hui.

Entretien réalisé par Marc Eynaud.

 

21 octobre 2020