Jadis, le travail le plus important se faisait pendant la matinée, pour s’achever à l’heure du “dîner”, vers 1 heure ou 2 heures de l’après-midi. Il en subsiste des traces en et au où tout, y compris les musées, ouvre tôt le matin et ferme dès le début de l’après-midi.

À la de 6 heures, il y avait un prêtre pour la célébrer, des enfants de chœur pour la servir, des fidèles pour y assister.

Mais aujourd’hui, plus de de 6 heures : que le curé ait le malheur d’avancer la messe dominicale à 9 heures et il n’y a presque plus personne.

Cette horreur du petit matin affecte beaucoup d’autres activités : seuls, aujourd’hui, les cafés et quelques commerces alimentaires ouvrent avant 8 heures (et encore, de plus en plus tard !), tandis que beaucoup de boutiques ne relèvent pas leur rideau de fer avant dix heures. Et, dans les bureaux, tout sait qu’il vaut mieux ne pas téléphoner dès neuf heures.

Ainsi la “matinée” de travail se réduit-elle de plus en plus souvent à deux ou trois heures, tandis que s’étire indéfiniment “l’après-midi”, qui dure six heures.

La longueur des trajets domicile-travail, les couchers tardifs à cause de la sacro-sainte télévision (dont l’émission principale, retardée de 20 heures 30 à 21 heures, tend à commencer maintenant nettement après 21 heures, donc à se terminer de plus en plus tard) sont sans doute en partie à l’origine de cette étrange dérive. Toujours est-il qu’elle existe bel et bien et qu’elle conduit à négliger de plus en plus le rythme solaire de nos journées. En effet, les adultes, en général, se lèvent entre 6 heures 30 et 7 heures 30, se couchent entre 22 heures 30 et 23 heures 30. Autrement dit, ils connaissent 4 heures 30 à 5 heures 30 d’activité avant midi, et 10 heures 30 à 11 heures 30 après.

Au cœur de l’hiver, quand le jour solaire ne dure que huit heures, c’est sans grand dommage, puisque notre organisme jouit de toute la lumière solaire disponible. Mais au solstice d’été, si nous appliquions l’heure solaire, nous dormirions des heures le matin, pendant que le soleil brille, et devrions achever notre journée à la lumière artificielle ; notre journée d’activité dure pourtant alors exactement autant que la journée solaire. Nous nous priverions des bienfaits de la lumière solaire le matin, tout en gaspillant de l’énergie le soir.

Si les économies d’énergie dues à l’heure d’été sont peut-être devenues contestables, leur avantage principal – avantage qui, lui, subsiste -, c’est que, sans obliger qui que ce soit à modifier ses habitudes, elle tempère quelque peu les effets de ce déséquilibre entre matinée et après-midi.

Si l’heure d’été était en vigueur toute l’année, finies les petites difficultés ressenties lors du changement d’heure semestriel. Difficultés, d’ailleurs, bien légères : un si court “décalage horaire” n’entraîne aucun effet sanitaire (il y faudrait plus de deux heures de décalage) ; quant à l’image, partout répandue, des pauvres enfants qui se lèvent dans le noir pour aller à l’école, puis sont, le soir, incapables de dormir parce que le soleil est encore haut dans le ciel, elle ne résiste pas à l’examen du calendrier des postes : il n’y a pas un seul jour dans l’année où une telle situation puisse se produire.

Les éleveurs de vaches laitières sont parmi ceux qui seraient le plus gênés par le changement d’heure. S’ils oubliaient la pendule et continuaient à respecter le rythme biologique de leurs vaches (car les vaches, elles, n’ont pas de pendules), ils ne s’en apercevraient même pas. Certes, les entreprises de ramassage du lait imposent leurs horaires. Mais leur est-il vraiment impossible de les modifier en fonction du rythme biologique des vaches ?

Et si l’on adoptait l’heure d’été toute l’année, le problème ne se poserait même pas.

1 septembre 2018

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