Editoriaux - Education - Société - 13 septembre 2018

L’égalité des sexes ou le goulag !

La rentrée des classes, avec ses premières réunions parents-professeurs, a été l’occasion, pour le ministre à l’Égalité des sexes — que l’on me permette d’éviter l’hideuse locution « égalité hommes-femmes », remplacée depuis peu par une « égalité femmes-hommes » d’autant plus ridicule que sa césure centrale la rend imprononçable — de condamner, sur Twitter, l’absence des pères de famille aux réunions et autres activités scolaires.

Il y a plusieurs choses à dire de ces quelques tweets, la première étant que le grand dogme niveleur de l’Égalité a ses inquisiteurs, dont les recherches intrusives n’épargnent pas un détail de la vie sociale, et que tout contrevenant à l’ordre nouveau est présumé coupable. Messieurs, que vous soyez militaires en OPEX, pompiers de service, cadres travaillant tard tous les soirs, pilotes de ligne ou contrôleurs SNCF en déplacement, restaurateurs, artistes en tournée, membres du personnel hospitalier de garde ou travailleurs de nuit, sachez-le : vous devez prendre l’avion pour revenir d’Afrique, laisser là vos collaborateurs, vos passagers, vos patrons, vos clients, vos patients afin d’assister aux réunions de l’école. La police de l’égalité veille à vos moindres mouvements et saura bien vous montrer que vous êtes de mauvais pères si vous n’êtes pas de secondes mères.

La seconde réflexion que l’on peut se faire sur ces tweets consiste à se demander en quoi un comportement exactement identique au sein des ménages serait un but à atteindre. Est-ce immoral de se répartir les plaisirs et les corvées ? Faut-il aussi aller faire ses courses à deux, ou chacun son tour, pousser l’aspirateur en un temps rigoureusement égal, changer le même nombre de couches, et se faire greffer un sein pour allaiter à tour de rôle, tant qu’on y est ? Mesdames, à vos gants : il va falloir passer autant d’heures que ces messieurs à laver et réparer la voiture, à tailler la haie et à tondre la pelouse. Bientôt, on minutera le temps passé à lire Marie-Claire et Auto Moto. Mais qu’est-ce que cela peut bien apporter à une société, sinon de satisfaire les esprits tatillons de certaines personnes obsédées par le contrôle et la symétrie ?

Marlène Schiappa conclut selon l’habituel mantra de gauche : un gouvernement pourra prendre toutes les mesures nécessaires (pour réglementer la vie des citoyens), celles-ci n’auront d’effet que si chacun les fait siennes — permettez que je corrige encore cette faute de français consistant à employer le masculin et le féminin au lieu du neutre. Cette phrase trahit la vieille hydre communiste qui sommeille en toute « réforme sociétale » : l’homme étant libre par nature et peu enclin à se plier aux lubies des faiseurs de système, il vient toujours un moment où la force doit contraindre ceux qui n’ont pas embrassé volontairement les prémices du monde merveilleux à venir – c’est-à-dire l’immense majorité de la population. Les grands idéaux de gauche sont toujours une promesse que tout sera formidable à cette seule condition que chacun accepte avec joie d’être un clone.

À ce propos, pourquoi persisté-je à employer les vraies tournures françaises en faisant fi de la féminisation politiquement correcte des termes ? Parce que la mise en condition des esprits commence par la mise en condition du langage.

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