Culture - Editoriaux - 20 août 2019

Lecture de l’été : Empereur des ténèbres, d’Ignacio del Valle, 2010

Cette enquête policière a pour cadre le front de l’Est pendant l’hiver 1943, près de Leningrad. Les volontaires espagnols de la division Azul, qui se battaient aux côtés des Allemands contre les Soviétiques, tiennent une position face à une rivière, gelée comme il se doit.

Le décor est apocalyptique : « Telle une vision dadaïste, une vingtaine de têtes de chevaux émergeaient, çà et là, de la rivière gelée comme un jeu d’échecs aux pièces identiques. Les mâchoires ouvertes, la tension des cous, les yeux affolés, tout indiquait que le froid les avait capturés en pleine course. »

Un matin, les Espagnols aperçoivent, à proximité de ces têtes de chevaux, le corps d’un homme dont le torse dépasse de la glace. Un sergent et un soldat se rendent sur place et constatent que c’est un des leurs. En examinant le corps, le soldat constate que l’homme a été égorgé.

« “Ça, c’est un coup des Russkofs”, déclare le sergent.
“Peut-être pas, sergent”, objecte le soldat, “depuis quand les Russkofs se soucient-ils de nos âmes ? Regardez.“”
Et, en effet, sur l’une des clavicules apparaissent de petites lettres scarifiées avec la pointe d’un couteau : “Prends garde, Dieu te regarde”. »

C’est donc un Espagnol qui a tué un autre Espagnol.

L’enquête est confiée au soldat ayant découvert le corps, et qui fut un brillant lieutenant de police dans le civil avant de devoir partir dans la division Azul pour effacer de sérieux ennuis judiciaires en Espagne.

Ses recherches vont le conduire vers des sentiers inattendus et le lecteur les emprunte avec passion. Ils vont le mener vers des parties de roulettes russes clandestines, vers l’aumônier de la division, qui sait beaucoup de choses mais qui est tenu par le secret de la confession, et, plus inattendu encore, vers un puissant réseau maçonnique espagnol. Tout cela par un froid meurtrier et des combats brefs mais terribles.

Ce livre eut un très grand succès en Espagne et c’est bien mérité, même si on peut lui reprocher de se complaire dans une atmosphère par trop nihiliste. Mais il est vrai que sur le front de l’Est, en 1943…

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