L’arrivée, ces dernières décennies, de ce que l’on a nommé « les nouvelles technologies » a bouleversé nos modes de vie bien plus profondément que des siècles d’histoire commune. Labourant, comme toute innovation, les champs du pire et du meilleur, les gadgets ont envahi nos existences et favorisé l’explosion d’un égoïsme impensable jusqu’ici.

La toute-puissance des individus derrière leurs écrans, le « je like donc je suis », la mise en scène des riens du quotidien, la revendication à tout va, le « parce que je le vaux bien » comme argument ultime… tout cela a envahi notre horizon.

C’est à cela, aussi, que l’on doit le mode de traitement, par les autorités, de la crise sanitaire : infantilisation des populations, maternage outrancier, pilotage par la peur : tout est fait pour nous enfermer, jour après jour, dans une bulle virtuelle. Verrouillés chez nous au nom de la santé.

Dès le premier confinement, au printemps dernier, on a fredonné la chanson : plus rien ne sera comme avant. Sauf que ça n’avait pas assez duré sans doute puisque, mauvais garnements, nous nous sommes « lâchés » durant l’été. Retour à la case départ : portes closes, Ausweis, bulletins de santé à l’heure de l’apéro, interdiction de se rencontrer et de s’embrasser. Prochaine étape probable : distribution générale de Prozac tous les soirs, à 7 heures… et casque de virtualité pour meubler une journée réglée par le revenu universel.

Vous pensez que j’ai vu trop de films d’anticipation ? Non. J’ai lu quelques articles sur le monde post-Covid tel qu’il se dessine.

Ainsi L’Opinion qui titrait, lundi : « Pourquoi “l’économie du confinement” a de beaux jours devant elle. » On y lit que les grosses entreprises du type Amazon ont investi des milliards « dans les infrastructures nécessaires à la livraison rapide et efficace de biens et services à domicile », que les « ménages eux-mêmes ont mis la main à la poche pour acquérir les services et les gadgets permettant d’assurer leur protection et leur ravitaillement durant le confinement ». Que les livraisons de repas à domicile ont explosé, que beaucoup se sont glissés avec bonheur dans le télétravail ou, plus souvent, dans le rien du tout subventionné, que les enfants ont laissé un creux impossible à combler dans le canapé où ils pianotent sur leur PlayStation™ tandis que leurs parents sont scotchés sur Netflix ou ses concurrents fraîchement arrivés sur le marché.

Aux États-Unis, qu’on s’applique depuis un siècle à singer pour notre malheur, on fait tout, aussi, pour que les gens ne remettent plus jamais les pieds dans les salles de sport. Sur l’année écoulée, nous dit L’Opinion, l’entreprise Peloton « a vu doubler le nombre d’abonnés à ses vélos d’appartement et tapis de course connectés : ils sont passés de 563.000 à 1,3 million. Elle a également enregistré un quasi-doublement des abonnements mensuels à ses entraînements en ligne durant la même période. » Détail : le vélo coûte 2.000 dollars et l’abonnement 39 euros par mois.

Selon une récente étude de McKinsey, « le recours au commerce électronique a réalisé en trois mois seulement l’équivalent de dix ans de progrès ». Grâce à la pandémie, également, nous avons tous été plus ou moins contraints au paiement sans contact, donc en route pour la dématérialisation programmée des échanges monétaires. Pour notre bien, évidemment.

Comme dit un monsieur chez Pantheon Macroeconomics : « Les inconnues ne manquent pas, mais si je suis sûr d’une chose, c’est qu’il existe des montagnes d’épargne pour financer la consommation, et une gigantesque demande de services encore insatisfaite. »

Alors, il n’est pas tentant, le monde d’après ?

25 novembre 2020

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