Alors que les tensions s’accroissent en Méditerranée orientale, la guerre des invectives et des attaques personnelles paraît éclipser des enjeux plus profonds.

Lors du Med7, Macron a porté les coups, appelant l’Union européenne à la « fermeté » contre la , face à des « comportements inadmissibles », s’ouvrant aux journalistes que ce pays « n’est plus un partenaire » en Méditerranée. La présidence turque a aussitôt répliqué, ironisant sur le « prétendu Napoléon et sa campagne méditerranéenne » dans un tweet de son directeur de la communication. Mustafa Şentop, président du Parlement turc, y va de sa piqûre assassine pour qualifier l’initiative Macron de « crise d’adolescence » et fustige « l’hypocrisie » de la position française dans ce dossier. Évidemment, Erdoğan brandit aussi le yatagan, tutoyant l’adversaire et prédisant son éviction du jeu : « Macron […], il te reste peu de temps. Tu vas bientôt partir. » Le vent du sabre !

Cette guerre d’ego opposant notre Napoléon élyséen et le néo-sultan d’Ankara était déjà brûlante, en fin d’année dernière, lorsque Erdoğan répliquait à la saillie anti- du Français qu’il était, lui aussi, « en état de mort cérébrale ». Voici donc l’aboutissement logique de deux crispations, sans doute de deux détestations physiques, venues exacerber des divergences d’intérêts diplomatiques, manifestées autour de la question kurde d’abord, dès 2019 ; par les commémorations françaises du génocide arménien de 1915 ensuite, en avril de cette année ; où la Turquie ne voit qu’ingérences extérieures, propres à fragiliser l’unité du pays. Quant à l’interventionnisme turc en Libye, qui moque notre crédibilité d’embargo, c’est toute la zone d’influence française en Afrique de l’Ouest qu’il risque d’entraîner au chaos.

Mais, alors que le président turc semble droit dans ses babouches, multipliant les actions symboliques nationalistes, commémorant par un message, ce dimanche 13 septembre, le 99e anniversaire de l’échec de l’offensive grecque de 1921 sur la Sakarya, ses « martyrs », et avec « respect et gratitude » l’action de Mustafa Kemal Atatürk ; alors que la veille, son ministre de la Défense, Hulusi Akar, et son état-major assistaient aux démonstrations des unités amphibies (SAT), dites « Héros de Kardak », pour s’être opposées, en 1996, aux prétentions grecques sur ces deux îlots frontaliers du Dodécanèse ; la riposte française parait beaucoup moins franche et son message plus brouillé.

Nous aimerions déceler dans ses ambiguïtés quelques indices d’une diplomatie d’envergure ; mais si notre Président aime se comparer à l’Empereur, les journaux turcs moquent le « Napoléon de pacotille » et il sera difficile à Jean-Yves Le Drian, souvent contraint au rétropédalage face aux Turcs, de s’élever au rang de la cheville boiteuse d’un Talleyrand.

Car ne fait pas un choix clair, lorsqu’il dénonce ensemble, lors du Med7, le « jeu hégémonique de puissances historiques », Russie et Turquie, empêtré par son américanisme atavique ; lorsque le Quai d’Orsay, en Libye, paraît appuyer le prétendu gouvernement légitime du GNA de Fayez al-Sarraj ; alors que le ministère des Armées opterait pour son rival Haftar, chef de l’ANL, si l’on en croit Éric Zemmour. Cette esquive permanente du « en même temps », finasserie sans conviction, passera surtout pour faiblesse aux yeux des Orientaux ; et le fleuret peut rompre devant le yatagan. À nos frais !

Pour l’heure, alors que la France réarme la Grèce en Rafale… sur le marché de l’occasion ; l’Oruç-Reis sismique a regagné, ce dimanche, son port d’attache turc. La tension retombe : mer calme, ce lundi. Et « en même temps », le jeu de dupes continue. Qui perdra ?

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