Editoriaux - Société - 18 mars 2019

Le cas Tarrant et la lame de fond planétaire

L’assassinat de Pakistanais, d’Afghans, de Turcs, de Saoudiens et de Malaisiens dans deux mosquées de Christchurch (Nouvelle-Zélande), le vendredi 15 mars, jette un pavé dans la mare des nationalistes de tous les pays. À l’image d’Anders Breivik – l’auteur des attentats d’Oslo et d’Utøya, en juillet 2011 –, Brenton Tarrant, âgé de 28 ans, considérait qu’il se devait, tout en se connectant à Facebook Live, de sortir de sa voiture et commettre l’irréparable. Mais, au-delà de ce terrible meurtre de masse (au moins 49 morts et des dizaines de blessés), la référence explicite de l’assassin au « Grand Remplacement » de Renaud Camus donne du grain à moudre au camp du Bien… Seulement, tout cela n’est que guerre des actes contre guerre des images. Alors, comme le préconise Spinoza, il conviendrait de “ne pas rire, ni se lamenter, ni haïr, mais comprendre”.

Les Occidentaux ont trop tendance à croire que l’islamisation n’est qu’un fantasme véhiculé par « l’extrême droite ». Pourtant, le salafisme se manifeste, en tout lieu, de la même manière : la mode vestimentaire, la multiplication des mosquées et la lutte armée. Pis encore est de constater que ces trois étapes peuvent s’opérer, selon les circonstances, de façon simultanée et non de façon uniquement successive. Par exemple, un responsable du Conseil français du culte musulman (CFCM) demandait, en 2017, le doublement des lieux de culte musulman (on en comptait 2.500, il y a deux ans). Puis les attaques djihadistes, menées en 2015 et 2016 par des nationaux ou par des migrants fraîchement arrivés, ont révélé des fragilités en matière de sécurité, tant intérieure qu’extérieure. Sous oublier que beaucoup de soldats de Daech doivent passer à travers les mailles du filet lorsqu’ils reviennent en France.

À l’autre bout du continent eurasiatique, l’islamisation semble être d’abord territoriale, et ce, même si la dimension culturelle de ce processus ne peut être négligée. La preuve en la matière se trouve en Asie du Sud-Est. Des assassinats djihadistes commis contre des touristes présents dans la zone frontalière avec la Malaisie ont été particulièrement sanglants. Michel Houellebecq en fait état à la fin de son roman intitulé Plateforme (publié en 2001). Par ailleurs, la ville de Hat Yai, surnommée « le petit Paris du sud de la Thaïlande », regorge de tout en matière de produits comme en matière d’ethnies : un cosmopolitisme qui fait le lit de l’islamisme.

De Manille à Bangkok, le marché des armes, des femmes et de la drogue s’effectue à foison parmi des populations travaillant beaucoup pour gagner peu. En l’occurrence, le Front Moro islamique de libération n’hésite pas, à Mindanao, à user de ce moyen dans un but précis, comme les Britanniques avec l’opium dans la Chine de la première moitié du XXe siècle : affaiblir un peuple pour mieux l’assujettir. Le président philippin Duterte essaie de contrer ces opérations qui œuvrent subrepticement pour l’islamisation du pays le plus catholique de l’Asie. Et que dire de la propagande « pro-Rohingya » qu’entretient l’ONU contre, notamment, la porte-parole de la présidence birmane Aung San Suu Kyi ?

En somme, les actes du sinistre Tarrant ne doivent pas éluder la lame de fond islamo-libertaire qui s’étend sur l’ensemble de la planète. Car l’angoisse s’avère meurtrière lorsque l’amour n’est que superficiel. Dans tous les cas, les mots doivent prendre le pas sur les armes. Sinon, gare aux bombes humaines !

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