Editoriaux - Société - 20 août 2018

Le camping-car, symbole du moi d’abord

La Bretagne est magnifique l’été. À l’instar de tant d’autres régions, elle accueille sur ses côtes des centaines de milliers d’estivants, souvent fidèles, parce qu’on y vient rarement par hasard. Sa réputation pluvieuse suffit à en éloigner tous ceux pour qui les vacances sont avant tout l’occasion de se faire brûler au soleil. Les autres, attirés par la mer et ses odeurs, le vent, la beauté d’un littoral redoutable aux navigateurs, s’y sentent bien et s’y attachent, année après année, au point d’y retrouver famille ou amis avec un bonheur non dissimulé, même par la grisaille qui, parfois, assombrit son ciel lumineux.

Le Bretagne, pourtant, comme toutes les autres régions de France, n’échappe pas à un fléau moderne que nos gouvernants, si férus de tout réglementer, ignorent superbement. Alors que la pose d’un simple Velux® sur une toiture en ardoise y est parfois interdite en raison de la proximité d’un menhir, les petites routes côtières sont envahies d’engins aussi lourds que dangereux, aussi polluants qu’inesthétiques : les camping-cars.

Que le lecteur ne voie aucun jugement de valeur dans ces propos. Chacun est libre de passer ses vacances comme il l’entend, y compris en emportant sa petite maison sur son dos. En vérité, la question posée est autre. Elle est de la prolifération de ces véhicules dans des lieux qui ne sont nullement conçus pour eux, et qui provoque des désagréments sans nombre.

Un camping-car est lourd et large. Certains sont si longs que, devant le volant, s’étire un espace de plusieurs dizaines de centimètres. Conduits par des personnes titulaires du permis auto, et soumis à la même réglementation que les véhicules légers, ils ont théoriquement le droit de circuler partout. Et c’est bien cela qui pose problème. Parce que les petites rues des villages, de Bretagne ou d’ailleurs, sont beaucoup trop étroites pour eux. Il y a quelques jours, dans un joli bourg du Finistère, deux de ces gracieuses maisons sur roues se croisaient dans une voie étroite au chevet de l’église. Il a fallu quelques minutes de manœuvres hasardeuses, de rétroviseurs rabattus, de véhicules en stationnement frôlés à quelques centimètres et de klaxons rageurs des voitures les suivant pour se dégager de ce mauvais pas. Ce n’est évidemment par leur place !

Le danger est permanent, même en roulant au pas. Il existe autant pour les piétons que pour nos enfants, souvent juchés sur leurs bicyclettes, inconscients du risque, qui se rendent à la plage ou chez des copains. Aucun des conducteurs de ces monstres ne semble s’en soucier. Ne parlons pas des bouchons qu’ils génèrent – et, comme le sait madame Hidalgo, bouchon égale pollution.

Mais nos aimables estivants ne font pas que circuler. Ils stationnent. Parfois le long des trottoirs, souvent en face de points de vue remarquables, quand ce n’est pas au pied d’une chapelle du XVIIe siècle ou carrément sur une dune, pour ne rien perdre du paysage en restant au volant. Dans un pays aussi riche de monuments, de paysages, de sites à couper le souffle, comment accepter une telle pollution esthétique sans réagir ? Est-il acceptable que nos campagnes, nos villages, nos côtes et nos montagnes soient ainsi envahis par ces engins dont la laideur le dispute à la lourdeur ? Sans doute, diront certains, nos villes sont défigurées par d’autres avatars de la modernité : panneaux publicitaires, supermarchés aux entrées d’agglomération, hideuses enseignes commerciales aux couleurs criardes, sans parler de l’invasion des volets roulants en PVC qui envahissent les plus belles façades. C’est vrai, et c’est très dommage. Mais cela ne justifie pas d’en rajouter.

Le camping-car qui se gare sur une dune, c’est l’apogée de la société du moi d’abord. Du « J’ai bien le droit ». Quitte à fouler au pied la beauté de notre pays. À l’heure où l’automobiliste est traqué comme un délinquant, il serait temps de modérer la circulation de ces engins. Parce que c’est le plus facile et qu’on peut commencer par là. Avant d’entamer un véritable combat de reconquête esthétique. La France mérite mieux que cette laideur qui la défigure.

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