Economie - Editoriaux - 25 mars 2019

Le Bitcoin est-il une escroquerie ?

Le Bitcoin est souvent paré de toutes les vertus : monnaie non étatique, il serait le moyen de paiement du futur. Beaucoup rêvent du moment où le dollar, l’euro, le yen et le yuan seront relégués au même niveau que les pièces d’or, c’est-à-dire à celui d’antiquités qui ont fait leur temps. Pourtant, le Bitcoin pose de nombreux problèmes et certains commentateurs se demandent si nous ne sommes pas en présence d’une vaste escroquerie.

Certes, ce moyen de paiement est sécurisé et garantit l’anonymat des transactions. Mais il utilise un algorithme complexe (le minage) qui oblige les ordinateurs à fonctionner longtemps avant de résoudre l’énigme permettant de certifier la transaction, aussi des écologistes se sont-ils inquiétés de la chaleur dégagée par ces appareils qui pourraient, paraît-il, accentuer le réchauffement climatique. Cette crainte est sans doute exagérée. Quant à l’anonymat, est-ce vraiment un progrès ? Des trafiquants de drogue, des maîtres-chanteurs ou des vendeurs d’armes de guerre se servent du Bitcoin pour effectuer leur coupable trafic loin des yeux des policiers. Pour lutter contre le crime organisé, il faudrait en toute bonne logique interdire le Bitcoin ; malheureusement, nous n’en sommes pas là.

La monnaie d’un État est, pour finir, gagée par les impôts que ce dernier peut encaisser. Si on excepte des pays gérés en dépit de tout bon sens, comme le Zimbabwe ou le Venezuela, les monnaies étatiques fluctuent sur dix ans dans des marges acceptables (entre 60 % et 140 %). Le Bitcoin, lui, n’a aucun support, aucune contrepartie, son cours fait d’invraisemblables montagnes russes et défie toute logique économique. Il n’est pas comparable à une action, car celle-ci se fonder sur la valeur de l’entreprise et rapporte des dividendes (en moyenne, autour de 6 %). Le cours d’un Bitcoin est passé de 20.000 dollars, en décembre 2017, à 3.800 dollars en décembre 2018. Rappelons qu’au départ, un Bitcoin valait un dollar !

Cette monnaie électronique n’est donc qu’un objet de spéculation et, sur le fond, n’est qu’une forme de schéma de Ponzi. On fait croire au public qu’un titre a une valeur qui croît exponentiellement et on le vend au plus haut à des gogos. Il arrive à un moment où la supercherie est éventée et tout s’écroule. Cependant, contrairement au schéma de Ponzi, les monnaies électroniques ne s’effondreront jamais entièrement, car les auteurs de transactions illégales feront en sorte qu’elles garderont un minimum de valeur.

Un rapport récent de Bitwice, Inc. (un fournisseur de données), corroboré par un article de CNBC (une chaîne d’information économique), jette un éclairage trouble sur le Bitcoin. 95 % du volume des transactions de cette monnaie serait truqué ! Pour faire monter artificiellement le cours du Bitcoin et faire croire qu’il existe une forte demande, de (faux) acheteurs passent de colossales commandes de matériels en Bitcoin, qu’ils annulent avant la livraison. D’autres acquièrent de fortes sommes en Bitcoin, puis les revendent immédiatement dès que le cours a explosé. Ils s’enrichissent ainsi sans dépenser un euro ! Sur 6 milliards de dollars de transactions, seulement 280 millions de dollars seraient légitimes et correspondraient à une demande réelle. Affolant ! Un particulier peut peut-être gagner beaucoup d’argent avec le Bitcoin, mais il a autant de chances de faire fortune par ce moyen que de toucher le gros lot à l’EuroMillions.

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