Editoriaux - International - Médias - 28 décembre 2017

L’Arabie saoudite, les échecs, la lâcheté et le pétrole

L’Arabie saoudite organise le prochain championnat du monde rapide et blitz d’échecs en cette fin d’année 2017. Mais cette compétition risque fort de tourner au grotesque en alourdissant le passif de ce pays et en éclaboussant au passage ce noble jeu.

Ce sont, tout d’abord, les joueurs israéliens qui n’obtiennent pas de visa pour venir jouer car le royaume saoudien ne reconnaît pas ce pays. La Fédération israélienne demande réparation auprès de la Fédération internationale du préjudice financier que vont subir ses joueurs. L’antisémitisme d’État que révèle cette interdiction semble moins les préoccuper.

C’est ensuite la joueuse ukrainienne Anna Muzychuk qui annonce renoncer à défendre ses deux titres mondiaux (parties rapides et blitz). Elle écrit sur sa page Facebook qu’elle refuse de porter l’abaya et de devoir être accompagnée quand elle sort. Certes, la Fédération internationale d’échecs a obtenu que les joueuses ne portent pas cette tenue islamique, signe de l’infériorité des femmes dans ce pays. Elle aurait « seulement » dû porter un pantalon bleu ou noir et une blouse blanche à col haut… La version occidentale de l’abaya ? Cette joueuse manifeste, en fait, son refus de cautionner un régime rétrograde et dangereux. Elle perdra ses titres mais gardera son honneur, honneur que la Fédération internationale et les joueurs qui participeront à ce tournoi (150 se sont déjà désistés) n’ont pas.

Mais ce n’est pas la seule à abdiquer tout honneur quand il s’agit de l’Arabie saoudite.

Ce pays a condamné un jeune homme de 17 ans à être décapité et voir son corps crucifié jusqu’à ce qu’il tombe en décomposition pour avoir participé à une manifestation hostile au régime. Ce pays exploite des travailleurs immigrés dans des conditions proches de l’esclavage. Cela ne l’empêche pas d’être membre du bureau de la Commission des droits de l’homme des Nations unies.

Ce pays est le centre névralgique de la secte wahhabite, responsable des attentats qui ensanglantent le monde depuis le début du siècle. Al-Qaïda, Boko Haram, Daech, Al Nostra : tous ces mouvements barbares se réclament du salafisme saoudien. Ils n’auraient pas existé sans le soutien wahhabite. Mais les gouvernements occidentaux se satisfont des vagues condamnations lénifiantes du terrorisme de ses dirigeants.

Ce pays mène une guerre d’extermination contre les houthis du Yémen dans le silence assourdissant des médias, si prompts à condamner les violences contre d’autres ethnies. La déontologie journalistique est-elle soluble dans la manne publicitaire des entreprises dont l’Arabie saoudite est actionnaire ?

Dans ce pays, tout propos contre l’islam peut vous valoir des coups de fouet, voire la mort. Ceux qui abandonnent l’islam, pour le christianisme ou l’athéisme, risquent la mort si cela vient à se savoir. Mais cela n’émeut pas nos fervents laïcistes. Les Femen, dont la fondatrice a reçu le prix de la Laïcité des mains du maire de Paris, peuvent sans danger profaner Notre-Dame de Paris ou hurler place Saint-Pierre à Rome. Aucune n’a le courage de se dénuder à La Mecque.

Nos oligarchies occidentales tempêtent contre Trump, Poutine, Assad, qu’elles n’hésitent pas, contre toute pudeur, à comparer aux nazis. Mais les États-Unis, la Russie et même la sont des pays plus libres que le royaume saoudien. Mais contre ce pays de la barbarie dorée, c’est le silence. Ce silence est celui de la lâcheté, celui de la soumission à l’argent du pétrole.

Signalons que la Fédération française d’échecs se désole sur son site de ce championnat du monde. Parce que les joueurs français ont pris un mauvais départ… Heureusement, le pays organisateur offre “d’excellentes conditions de jeu”.

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