La proportionnelle pour barrer la route à l’extrême droite : Hollande est pour, bien sûr !

Visiblement, l'échéance de 2027 inquiète...
Capture d'écran
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L’échéance approche tranquillement, fatalement, inexorablement. C’est comme le saut en parachute : plus on approche du sol, plus on a l’impression que ça va vite. 2027, c’est demain. L’élection présidentielle et, dans la foulée, sauf accident - désormais de moins en moins probable, la fenêtre de tir du budget s’étant fermée -, les élections législatives, puisque le nouveau chef de l'État dissoudra probablement l'Assemblée nationale afin de disposer d'une majorité.

Toujours sauf accident, la candidate (ou le candidat) qui aura le soutien du Rassemblement national, de l’Union des droites pour la République d’Éric Ciotti et d’Identité-Libertés (le mouvement de Marion Maréchal) se qualifiera au second tour de l’élection présidentielle. Pour le second tour, c’est une autre histoire qu’on a déjà connue : front républicain et toutes ces sortes de choses. « Ça a eu payé », comme disait Fernand Raynaud. Cela paiera-t-il encore ? L’élection législative partielle en Haute-Savoie, la semaine dernière, aura-t-elle été un phénomène annonciateur ou un simple accident de parcours ? On verra.

Miner le terrain

Quoi qu’il en soit, il faut se préparer au pire, c’est-à-dire à l’entrée à l’Élysée de la bête immonde. Cette préparation est une entreprise de longue haleine, de patience, on allait dire de professionnels, qui s’apparente à un travail de sape digne des plus belles manœuvres du génie militaire : entre Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Arcom et sans doute bien d’autres institutions, on a d’ores et déjà préparé les champs de mines, placé les explosifs sous les ponts (« le fil rouge sur le bouton rouge ») pour, au top signal, barrer la route aux velléités de réformes profondes envisagées par les « populistes » si, par malheur, ils entraient dans la place…

« Un nouveau souffle démocratique » : ils ne manquent pas d'air !

L’échéance approche tranquillement, fatalement, inexorablement. Et, curieusement, à quelques mois du début de la campagne présidentielle, une tribune paraît dans le journal La Tribune pour demander l’instauration du scrutin proportionnel pour les élections législatives : « Avec la proportionnelle, un nouveau souffle démocratique pour la France. » C’est beau. Lorsqu’on découvre la liste des soixante-dix signataires de cette tribune, on se dit que certains, s’ils n’inspirent pas spécialement ce « nouveau souffle », ne manquent franchement pas d’air. Une petite revue d’effectif s’impose. D’abord, notons que cette liste penche plutôt à gauche et au centre gauche. On y trouve des élus socialistes, écolos, MoDem, mais aussi quelques macronistes comme l’ancien Premier ministre Élisabeth Borne, les anciens ministres Agnès Pannier-Runacher et Agnès Buzyn pour qui cette signature est l’occasion de rappeler qu’elles existent encore. On y trouve aussi des « politistes », c’est-à-dire des réputés spécialistes de la science politique, donc, en principe, des non-politiques. En fait, si on creuse un peu, vite fait, on voit bien que la plupart de ces « politistes » ont été plus ou moins des « compagnons de route » du PS ou des écolos. Ayons cependant l’objectivité de reconnaître la constance de certains signataires politiques sur cette question de la proportionnelle : notamment les élus du MoDem, élus ou anciens élus écolos, comme Cécile Duflot.

Hollande en est

Pour les socialistes, la conversion semble plus récente. On se souvient qu’au printemps dernier, lorsque François Bayrou avait consulté les formations et groupes politiques sur cette question, le PS s’était montré plutôt hésitant, voire partagé. Ainsi, Olivier Faure avait même affirmé qu’« on ne résout pas une crise politique avec un mode de scrutin ». Pas faux. En revanche, François Hollande avait déjà fait sa conversion : « À titre personnel, je suis maintenant convaincu que ce mode de scrutin est nécessaire, depuis les élections qui viennent d'avoir lieu », avait-il déclaré, sur RTL, en septembre 2024. Hollande, en toute logique, fait donc partie des têtes de gondole de cette tribune pro-proportionnelle. Pour la petite histoire (mais vraiment la petite histoire), on notera que Najat Vallaud-Belkacem, qui applique le devoir de réserve alternatif depuis qu’elle est magistrate à la Cour des comptes, s’est jointe au monôme.

Le syndicat des losers

On ne commentera pas les arguments développés dans cette tribune qui, du reste, rebondissent sur une étude intéressante réalisée par les « politistes » Emiliano Grossman et Isabelle Guinaudeau (eux-mêmes signataires de la tribune) et publiée en décembre dernier dans la revue La Vie des idées*. Arguments qui, comme tout argument, peuvent être retournés comme une chaussette. On n’insistera pas sur le fait que cette tribune se garde bien de préciser quel type de proportionnelle il faudrait instaurer. Car en matière de proportionnelle, il y en a pour tous les goûts. On n’aura pas la cruauté de nommer les signataires membres d’un parti, jadis majoritaire, aujourd’hui réduit à la peau de chagrin du non-remboursement des frais de campagne de son candidat à la présidentielle, car en dessous de la barre des 5 %. On n’aura pas l’inélégance (en fait, si !) de rappeler que depuis plus de trente ans, les partis du « système » ont toujours refusé d’instaurer la proportionnelle demandée par le Front national puis Rassemblement national. Et, curieusement, maintenant que ce parti risque d’obtenir la majorité avec le scrutin uninominal majoritaire à deux tours, on passerait à la proportionnelle... Et nous n'irons pas jusqu'à dire que cette tribune héberge le syndicat des losers. En revanche, on invite nos lecteurs à parcourir ce tableau officiel des résultats aux élections législatives de 2024...

Tout le reste n'est que sauce autour...

Enfin, donnons quelques extraits de cette tribune pour bien en comprendre l’idée maîtresse : « ...tentation du recours à un pouvoir fort. Il [le scrutin majoritaire] favorise la montée de l’extrême droite »… Naguère, c'était la proportionnelle qui favorisait l'extrême droite. Ça va, ça vient... « Dans un tel contexte, celle-ci pourrait bien profiter à son tour de l’effet winner takes all – le gagnant prend tout – associé au scrutin majoritaire et obtenir, seule, avec un tiers des voix, une majorité absolue à l’Assemblée nationale. » On y arrive ! « Dans une Ve République qui a doté l’exécutif de pouvoirs très étendus, il n’y aurait plus alors qu’un pas à franchir pour transformer notre démocratie en un régime autoritaire, comme Donald Trump cherche à le faire actuellement aux États-Unis. » Nous y voilà ! Bref, « pour éviter des aventures dangereuses, adoptons enfin à notre tour le scrutin proportionnel pour désigner nos représentants ». Tout le reste de la tribune n'est qu'habillage, crème chantilly et sauce autour. Plus on approche du sol, plus on a l’impression que ça va vite et plus on a peur.

 

* La Vie des Idées, site hébergé par le Collège de France

Picture of Georges Michel
Georges Michel
Journaliste, éditorialiste à BV, colonel (ER)

Vos commentaires

127 commentaires

  1. LA PROPORTIONNELLE ?
    L’enseignement de la petite histoire humaine, telle qu’elle nous est connue, est instructive. L’homme progresse matériellement, scientifiquement, techniquement. L’humanité n’évolue absolument pas spirituellement, moralement, politiquement. Toujours plus de moyens, mais pas plus de capacités à les maîtriser. Dans la France contemporaine, le retour à la proportionnelle n’est qu’une magouille « élitiste » de plus. La proportionnelle permettrait de mieux masquer la guerre des gouvernants contre les peuples et de redonner aux premiers toutes les opportunités pour imposer leur loi à une population éclatée. Il est évident que le système électoral actuel risque de donner la parole au peuple français, ce qu’il en reste, contre les « élites éclairées » mondialistes. Et bien sûr, pour les « Grands Intelligents » c’est insupportable.

  2. Bof! On finit par être lassés. Que font-ils au parlement, quand ils font acte de présence là où on parle et on ment? Des joutes oratoires avec noms d’oiseaux, des obstructions, des insultes, beaucoup de m’as-tu-vus. Faisons plutôt le bilan de tout ce qui a été fait, dans cette assemblée contre la France depuis le départ du général De Gaulle, la liste doit être longue, et, ce monsieur Hollande est le prototype de ces « malfaiseurs ».

  3. Eh bien Oui …Il duffit de regarder ce qui s’est passe en Hongrie avec la proportionnelle integrale avec repartition au plus fort reste ; Orban avec 37, 5 % des voix a obtenu ainsi la mzjorite zbsolue a la chambre des deputes ! Donc aux dernieres elections , avec l’apport des Ciottistes , Bardella aurait ete ,de facto, premier ministre ! …L’election legislative est un vote pour des idees et pour un.programme pas pour des hommes ou des seigneurs locaux ! De cette facon , pas de front republicain ou de barrage entrainant des alliances sordides et nefastes au pays …Que Hollande ne l’ait pas compris prouve qu’il milite pour une proportionnelle attenuee et trafiquee , comme tous ces magouilleurs savent le faire . Le scrutin a deux tours a prouve ses limites qui se sont revelees sclarosantes et abti-democratiques .Tout mouvement a plus de 2 % obtient un depute et peut ainsi faire entendre sa voix .Rappelons que ce fut le cas pour les poujadistes et les independants …!

  4. Gros bénêt sur la photo élu député grâce aux voix de LFI, comme borne d’ailleurs. Sa démarche me fait penser à un encarté socialio gauchiste plutôt qu’à un ancien président de la république Française.

  5. Sur Boulevard Voltaire, la censure marche fort. Pour se faire censurer il n’est même pas nécessaire de d’utiliser certains mots il suffit de donner (dans le désordre) les consonnes et les voyelles de ce mot pour se faire éjecter! je me demande si les censeurs qui exercent sur BV ne sont pas en train d’aller au-delà ce que compte imposer Macron… Je vais finir par me demander si je vais continuer, comme je le fais depuis des années, à soutenir financièrement BV. Je suis très amer…

      • Moi itou. Il y a quelques jours, j’ai OSÉ parler de machette. Censure. C’est seulement un exemple car c’est tous les jours la même cuisine modératrice qui empêche que soit lu ce que je pense. Je vais donc finir par me désintéresser de BV.

    • Quand on lit les âneries et les fausses informations de CERTAINS commentaires, quand ce n’est pas carrément des insultes et des propos extrêmement limite, franchement je suis heureux que BV fasse preuve de vigilance, d’autant plus que ça pourrait leur retomber dessus.
      Je suis aussi parfois modéré.
      Et alors ?
      Je reformule mon commentaire et ça passe.
      Si vous voulez vous défouler allez sur d’autres plateformes.
      Moi j’aime lire les commentaires de chacun et j’aime bien vous lire aussi Souverainiste67, mais svp arrêtons de nous plaindre, ça le chic de m’agacer un tantinet.

      • @Dib8

        Vous parlez de propos extrêmement limite. Qu’est-ce que cela veut dire? Pour avoir une idée de ce que cela peut signifier, posez la question suivante à 10 personnes: « Pour vous, un propos extrêmement limite c’est quoi?? » Je pense que vous aurez au moins 8 réponses fort différentes. J’ai milité de façon très active de 1988 à 1999 au FN et, régulièrement des interlocuteurs me disaient. « Le FN est trop extrême, JMLP est trop extrême ou vous êtes trop extrême ». Je demandais alors de me dire en quoi précisément j’étais trop extrême ou en quoi le FN l’était!. Aucun d’entre eux ne pouvait me répondre et tous se trouvaient embarrasser par ma question! Tout cela pour dire que la chappe de plomb qu’impose désormais Macron est telle que l’autocensure sur censure celle opérée par macron et sa caste! Si BV se met à surpasser la volonté de censure des euro mondialistes de Macron,; la question de mon soutien à BV est légitime. Que ceux qui estiment que je sur réagis, c’est leur droit de le penser et, surtout ils on le droit de continuer à soutenir financièrement BV et même de l’augmenter!

        Pour éviter d’être trop « limite » », je me suis contenté de donner les lettres du mot qui désigne le processus qui s’avèrera indispensable près la défaite électorale du système. Sinon, la page de l’euro mondialisme ne pourra pas être tournée. C’est le fond de ma pensée. et on a le droit de le trouver trop « limite » et de considérer, je vous cite: « de me défouler »!

      • Souverainiste67
        En tout cas j’espère ne pas vous avoir heurté, ce n’était pas ma volonté.
        Je ne peux pas juger de votre commentaire qui n’a pas été publié.
        Vous avez raison chacun ses limites, mais ici ce n’est ni à vous ni à moi de les fixer, c’est à BV.
        Ce sont eux qui sont sur la sellette. Vous savez très bien qu’une modération défaillante peut engager leur responsabilité.
        Ce sont eux qui seront sanctionnés (avec l’auteur des propos). Payerez-vous l’avocat ?
        Derrière un écran et derrière un pseudo il est facile d’ écrire n’importe quoi, et certains ici ne sont pas très exigeants avec eux même. (Très petite minorité quand même).
        Vous aurez compris que je ne parle pas de vous.
        Je peux me tromper, mais j’ai le sentiment, que depuis quelques jours ils ont resserré la vis et c’est très bien ainsi.
        Si vos points de vue sont à ce point intéressants, je vous invite à créer votre propre plateforme d’informations.
        Je vous lirais.
        Vous prendrez les risques et… vous finirez peut-être par modérer.
        Lancez vous, nous manquons de pluralisme dans notre camp. (Au sens large car je ne suis pas RN).
        Bien à vous !

    • Nous sommes beaucoup dans ce cas, quand on voit par contre qui a le droit de poster ce que bon lui semble

      Même en respectant la charte si le sujet abordé est trop « sensible », ça ne passe pas, je peste beaucoup aussi et certains apparemment ne veulent plus venir, quand pour un, qui a un vrai boulevard pour y déverser son « ED « imaginaire ça passe par contre, à se demander…..

      Je n’ai pas les moyens de soutenir financièrement, je dois me débrouiller sans aide et pas facile tous les jours et payer pour se faire censurer non merci

      • Jeanne o secours.
        Nous sommes tous modérés à un moment.
        S’il y en a qui partent d’autres arrivent.
        Je souhaite vous lire encore.

    • Vrai c’est parfois frustrant ..et meme apres plusieurs reformulations,on peut avoir l’impression qu’on est visé ! Après sur VA c’est pire eux vous virent sur signalement comme Twitter( X) ou facebook…alors bon ! En persévérant un commentaire sur 3 ou 4 passe..

  6. La Socialocratie peut faire ce qu’elle veut , les citoyens contribuables auront toujours à l’esprit leur paupérisation visible partout dès le 15 du mois , la peur de l’insécurité pour eux et leurs familles , la peur de voir son employeur faire faillite , la peur de lendemains très douloureux pour leurs enfants et petits enfants et peut être même la peur de s’alimenter avec des denrées imposées , venues de loin . La bulle où vit Monsieur Hollande ne connaît aucune de ces inquiétudes pourtant bien réelles !

  7. Quelle descendance politique remarquable: DSK, Hollande, Macron….le pire est à craindre avec la collusion médiatique à l’œuvre en propagande journalière.
    On ne choisit pas ses héritiers, semble t’il!

  8. Un socialiste aux abois, c’est un socialiste qui fait et/ou propose n’importe quoi.
    La proportionnelle pour espérer racoler quelques vieux de la vieille socialistes, des vétérans indécrottables quoi, qui ne sont pas encore passés au mieux, si j’ose dire, à LR-Horizon-Macron/Renaissance, au pire à LFI nouveau parti d’extrême gauche…
    Hollande a déjà prouvé qu’il n’est pas à une compromission près, au cas où il y aurait du pognon et des avantages à ramasser au passage, la bonne méthode socialiste quoi !
    Aucune fierté !
    PS = 1,7% de masochistes à la dernière élection présidentielle…
    Soit 98,3% de pouvoir de nuisance assuré !
    Le pire est qu’étant introduits partout, surtout là où ils peuvent faire très mal, ils n’ont aucun scrupule !

    • Vous vous trompez, je le crains : pour faire n’importe quoi, un socialiste n’a pas besoin d’être aux abois. François le Second n’échappe pas à la règle, pour peu que certains cupides croient encore au père Noël. « C’est pas cher, c’est l’État qui paye. »

    • « Un socialiste aux abois, c’est un socialiste qui fait et/ou propose n’importe quoi. » Il n’a pas besoin d’être aux abois, c’est sa nature profonde qui veut ça.

    • Toutes nos institutions ont à leur tête une personne de gauche; commençons par là, à éjecter.
      Au fait, l’affaire qui touche Jacques Lang ne fait que commencer, elle serait mondiale, attendons la suite, cela risque d’en éclabousser plus d’un….

    • @Jack CHEVALIER

      Les 1,7% auxquels vous faite allusion sont ceux de Hidalgo. Le poids électoral des socialistes et bien supérieur à la future ex maire de Paris. L’électorat de Glucksmann est bien socialiste tendance gauche caviar. Le nombre de masochistes donne beaucoup plus que les 1,7% de dame Hidalgo. Sans oublier ceux qui votent Macron envers et contre tout!

      • Bien sûr : la macronie  » quelque soit le nom sous lequel elle sévit  » horizon,en marche,renaissance etc etc: n’est jamais » qu’ un sous parti socialiste » comme identité liberté l’est pour le RN par exemple.

        .

  9. C’est tellement simple de changer les règles du jeu, quand le vent ne souffle plus dans le bon sens. Une idée qui nous rappelle immédiatement le comportement d’un certain macron.

    • Au Sénat, au lieu de payer des sommes folles pour un certain fauteuil… il aurait mieux valu acheter un siège éjectable!

  10. Proportionnelle ou pas le problème ne se situe pas là : nous nous trouvons dans un cul de sac parce que nous avons confié les rennes de l’Etat à des hommes et femmes qui n’avaient pas la compétence requise et pourtant en cherchant bien on en trouverait et un choix reste à faire, acceptons nous de poursuivre la « construction » d’une Europe fédéraliste ou non donc le problème est le devenir de la France.

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