Editoriaux - Justice - Politique - Société - 17 mai 2017

La Justice est-elle une priorité pour Macron ?

À quoi servirait une recomposition politique si elle s’arrêtait seulement aux modalités et à la forme de la vie démocratique, au déverrouillage de débats et d’analyses trop souvent gangrenés par l’esprit partisan ?

Si elle ne touchait pas le fond des projets et la nature même de l’action ?

On ne connaîtra le nom des ministres que ce 17 mai à 15 heures. Et, donc, celui du garde des Sceaux. On évoque la possibilité de voir François Bayrou place Vendôme – personnellement, j’en serais heureux – ou Jean-Paul Delevoye. Quel que soit le futur occupant de ce poste prestigieux – dont Jean-Jacques Urvoas, sous François Hollande, aura été le dernier et exemplaire serviteur -, il est fondamental que la Justice – dans tous ses registres, mais essentiellement pénal pour ce qui concerne ce billet – bénéficie de cette configuration exceptionnelle.

Celle d’un président de la République et d’un Premier ministre animés par un même souci de réforme et décidés à ouvrir d’autres chemins que ceux sempiternels et décevants de la droite et de la gauche classiques.

Cette chronique désillusion sous toutes les latitudes justifie qu’on attende beaucoup de cette alliance inédite.

D’abord que la Justice, qui n’a pas été prioritaire dans le projet du candidat Macron, devienne, au même titre que les préoccupations économiques, sociales et financières, une cause nationale maintenant que le règne de la considération et de l’action doit succéder au temps des promesses.

À l’évidence une voie existe qui, entre un Nicolas Sarkozy qui mettait trop la main à la pâte judiciaire et un François Hollande se tenant éloigné de ce dont il se méfiait, permettrait au Président Macron d’appréhender la Justice de manière en même temps bienveillante et informée. Il n’est écrit nulle part que le chef de l’État est tenu à une forme d’ignorance à l’égard de cette “autorité” capitale en démocratie, et d’autant moins dans une période où l’exigence de moralisation de la vie publique est plus que jamais mise en exergue.

Cette recomposition devrait favoriser, surtout, la plénitude de la Justice. La droite comme la gauche n’ont jamais su, à mon sens, élaborer une politique pénale qui ne soit pas fragmentaire, inachevée, hémiplégique. Comme si l’une et l’autre s’étaient campées sur ce qu’elles croyaient être, pour chacune, l’essentiel en abandonnant le reste à leur adversaire.

La droite tellement à l’écoute du réel qu’elle est parfois étouffée par lui, si désireuse d’efficacité, adepte d’un pragmatisme basique et d’utilité sociale, attachée à la sécurité plus qu’aux libertés, pessimiste, doutant des facultés de rédemption, sans état d’âme face à ce que la répression impose. La générosité et l’humanisme lui manquent et, au fond, elle ne les regrette pas.

Pour la gauche, l’abstraction des principes, les élans du cœur, la société coupable et le transgresseur forcément pitoyable, la prison qui crée le mal et non pas le mal la rendant nécessaire, un peuple à changer s’il n’est pas assez sensible à l’idéalisme et à la compréhension. Le réalisme, la lucidité et la majorité des honnêtes gens lui importent peu.

Elle s’est appropriée l’humanisme et la droite a assumé la dure relation avec les délits et les crimes.

Qu’on examine les politiques pénales alternatives qui n’ont jamais satisfait pleinement le citoyen et on remarquera que droite et gauche ont laissé sur le bord de la route ce qui leur aurait semblé indigne de leur philosophie et de leurs pratiques.

Je ne peux pas passer sous silence les quatre années catastrophiques de Christiane Taubira, pire exemple d’une idéologie déconnectée et méprisante. Repoussoir, à mon avis, pour Jean-Jacques Urvoas hier et pour notre prochain garde des Sceaux. Savoir ce qu’il convient d’éviter, c’est déjà beaucoup !

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