Editoriaux - Entretiens - Politique - 10 juillet 2019

Julien Aubert : « Si Les Républicains s’écroulent, alors, ce sera la fracturation de ce pays ! »

Julien Aubert, député de Vaucluse et candidat à la présidence LR, explique son vote contre la loi Avia et définit sa ligne politique, en exclusivité pour Boulevard Voltaire.

Pourquoi avez-vous voté contre la loi Avia ?

Je suis contre la loi Avia parce qu’elle est liberticide et parce qu’elle ne remplit pas l’objectif qu’elle se donne. Il est évident qu’il y a de la haine sur les réseaux sociaux. On a un vrai problème d’éducation des gens. Il y a une forme d’anonymat et donc de déresponsabilisation.
Pour autant, considérer que la solution consiste à donner aux opérateurs de plateformes le droit de décider ce qui relève de la liberté d’expression et de la haine, c’est d’abord une responsabilité qui n’est pas de leur ressort. C’est très dangereux en matière de liberté.
De plus, il y a des subtilités. On pourrait rentrer dans le détail du texte. Vous allez dire à quelqu’un ‘’ pardonnez-moi, sale noir, vous allez rentrer dans le coup de la loi’’ ou ‘’sale roux, vous n’êtes pas sous le coup de la loi’’. On fait des distinctions sur les mots utilisés, alors que fondamentalement, si on regarde ces quinze dernières années, on n’a pas arrêté de criminaliser la liberté d’expression en pensant que cela rétroagirait sur les actes. Or, il n’y a jamais autant eu d’explosions d’actes homophobes ou racistes dans la société.
Si on veut agir sur la violence réelle, on ferait mieux de punir les actes, quelles que soient les motivations plutôt que des propos. Il n’y a pas forcément de lien de cause à effet. Ce n’est pas parce qu’on interdit les propos qu’on a une société plus calme.

Comment expliquez-vous que l’écrasante majorité de votre groupe ait voté pour ?

On est en période hors sessions normales. Le texte n’avait pas été suivi par tous nos collègues. Il y a avait eu une discussion en groupe. Comme nous sommes au mois de juillet, un certain nombre de parlementaires n’étaient pas encore arrivés. Je crois que celui qui avait suivi le texte a dit qu’il fallait plutôt voter pour, pour de bonnes raisons. Il n’y a pas vraiment eu de débat.
Il y a une discipline du groupe, donc les gens ont suivi. Ceux qui étaient contre se sont finalement abstenus. Je n’étais pas à la réunion du matin, mais j’avais dit que je votais contre. Je crois que c’est une grosse bêtise de voter ce texte.

Candidat à la présidence des LR, vous faites office de petit candidat face à Christian Jacob.
Croyez-vous en vos chances de victoire ?

Il ne faut pas aller à une élection si on pense qu’on va la perdre. J’y vais parce que ce sont mes convictions. Je défends une méthode différente que celle de Christian. Mes idées ne sont pas forcément toutes les mêmes que lui. Nous avons des profils différents. Je souhaite que cette élection soit pour les Républicains, un moyen de repartir sur de bonnes bases.
On met trop souvent les sujets sous le tapis et au moment des élections, on se débrouille pour que les sujets ne soient pas sur la table.
En 2017, j’ai voulu me présenter contre Laurent Wauquiez. J’avais pointé le même problème et je n’ai pas été écouté. Certains candidats ne pouvaient pas prétendre à être présidents. Ils étaient considérés jeunots. Ils étaient présidents de fédération et ils n’avaient pas le poids politique suffisant.
Il n’y avait donc pas eu de débat. À la fin, ils ont quitté le parti. On s’est appauvri. Ceux qui avaient refusé d’affronter Laurent Wauquiez se sont mis à le critiquer, en disant qu’il n’avait pas la légitimité. Le point final de cette évolution c’est que le président élu a été en partie poussé vers la sortie par ces mêmes cardinaux.
Si demain nous voulons reconquérir le coeur des Français, nous devons être prêts à écouter la volonté du peuple et à défendre leurs intérêts. Nous devons déjà le faire dans notre propre parti en défendant les intérêts de nos adhérents et en les écoutant. Ne pas les considérer uniquement comme des pions qui collent les affichent, mais bel et bien comme des gens qui sont parfaitement informés et qui souhaitent une autre ligne politique.

On vous classe souvent à la droite des LR. Est-ce le cas ?

Au temps du RPR, Philippe Séguin était la gauche du parti et Charles Pasqua était la droite du parti.
La droite du parti de l’aile gauche s’est alliée contre le ventre mou. J’ai à la fois été proche de Thierry Mariani lorsqu’il était encore aux Républicains et de Henri Guaino. Ils étaient les ‘’descendants’’ de Pasqua et de Séguin.
Mon projet est sur deux colonnes. La colonne République. On peut appeler cela droitier. Je ne pense pas que faire appliquer une loi, défendre les frontières, penser que notre pays à une indépendance et une souveraineté soit une opinion droitière.
Être patriote ce n’est pas être droitier. Tous les Français devraient être patriotes. C’est d’ailleurs la gauche qui a inventé l’attachement à la nation. Je crois qu’être droitier c’est être nationaliste. C’est-à-dire de ne pas aimer les autres et les étrangers.
En matière d’économie, je ne suis pas un néolibéral. Je crois que l’on doit défendre les services publics et on doit se préoccuper véritablement du pouvoir d’achat des classes modestes et populaires.
J’ai par exemple proposé que le reste à vivre soit supérieur au seuil de pauvreté par les allocations.
Cela ne fait pas de moi un ultra libéral. On me placerait plutôt à gauche du mouvement.
La première erreur est de croire que le gaullisme que je défends soit cataloguable dans un axe droite gauche.
C’est assez compliqué. Il y a eu des gaullistes de gauche comme des gaullistes de droite.
Il y a une partie sociale qui fait cette composante essentielle de la droite.


Qu’est-ce qui vous différencie de Laurent Wauquiez ?
Vous aviez essayé de l’affronter lors des élections internes de 2017.

Laurent Wauquiez avait une ligne différente. On avait un même objectif. Nous pensons que nous avons perdu les classes populaires. Il a essayé de les récupérer. Nous n’avions pas forcément la même méthode. Je considère qu’il faut avoir vis-à-vis des classes populaires et moyennes une volonté, une sincérité et un respect et que nous allons véritablement nous mettre à les défendre.
Il faut les convaincre contre les sujets de l’islamisme et de l’immigration. Ces sujets motivent le vote Front national au Sud. Mais aussi contre l’insécurité économique et sociale.
C’est un tout. Cette droite a parfois trahi ces électeurs en disant j’ai dit ceci et je fais l’inverse.
Nous avions une différence de méthode, mais pas d’objectifs. Sa trajectoire politique était différente. Il venait du centre droit. Il avait pris conscience de la difficulté sur l’aile droite. Ses électeurs étaient partis au Rassemblement national. On le place à l’extrême droite, mais c’est en fait un parti coagulé sur l’extrême. Ces gens sont déçus par le système politique et par l’offre politique.
On parle d’extrême parce que dedans vous avez des gens qui viennent de l’extrême droite ou de l’extrême gauche. Les électeurs ne sont ni d’extrême droite ni d’extrême gauche. Ils sont surtout extrêmement énervés par la situation.
Christian Jacob a une autre trajectoire. Il a une expérience politique très forte et une grande qualité humaine. Ce n’est pas du tout un sujet de personne. Contrairement à Laurent Wauquiez que je ne connaissais pas, Christain Jacob est mon président de groupe, je le connais donc très bien.
Il vient de la tradition chiraquienne.
Chirac et ses gars s’étaient affrontés. En réalité, le chiraquisme a commencé au moment ou le RPR a cessé d’être parti gaulliste pour devenir ce qu’il est aujourd’hui, la matrice de l’UMP.


Pourquoi s’acharner à récupérer la présidence d’un parti à 8 %?

Je ne suis pas Nostradamus. Je vais vous dire pourquoi il doit récupérer la présidence du parti. Aujourd’hui, la mondialisation a coupé en deux notre pays. Le RN profite de ceci.
Le parti d’en face, la République En Marche collecte plutôt les gagnants.
Or, quand on prend la nation, on prend l’unité de la nation. L’idée n’est pas d’avoir le succès des villes sur les campagnes ou le succès des perdants contre les gagnants. Cela se passera forcément mal. Quand vous menez une politique pour des intérêts catégoriels, c’est le capital qui est favorisé. Demain, si Marine Le Pen gagnait, peut-être qu’elle ferait une politique qui serait profondément anti économique et qui ferait fuir une partie des chefs d’entreprise de ce pays.
Pourquoi sommes-nous faibles ? Parce que nous avons un pied de chaque côté de la fracture. C’est notre force.
Si nous arrivons en interne à synthétiser une troisième voie, un pont, un aqueduc, une vision dans ce pays qui permette à la fois l’ habitant de Paris et l’habitant de Carpentras de se dire que cette France qu’on leur décrira est une France qui les intéresse, alors ce jour là, les Républicains ne feront pas 8 %. Au-delà des pourcentages, vous avez un Français sur deux qui ne vote plus parce qu’il est dégoûté de la politique.
Il est temps d’arrêter de faire de la segmentation commerciale ou électorale en essayant avec des bas résille et des slogans de petite semaine de viser les plus de cinquante-cinq ans ou je ne sais quelle autre catégorie ou sous catégorie de la population.
Il faut parler aux Français comme s’ils étaient un bloc en montrant que tout le monde a des problèmes dans ce pays. C’est par le Rassemblement qu’on s’en sortira et non pas en dressant les Français les uns contre les autres.
Quand je parle de dresser les Français, on cite souvent Marine Le Pen. Je crois qu’Emmanuel Macron a plus de responsabilités parce qu’il est d’abord au pouvoir et parce qu’il en joue de manière cynique.
Voilà pourquoi les Républicains ont de l’avenir. Nous sommes aujourd’hui le seul parti qui est en capacité de faire ceci. Si les Républicains s’écroulent, alors l’Histoire sera la fracturation de ce pays avec des politiques territoriales, sociologiques, géographiques et catégorielles. Je n’en veux pas !

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