Editoriaux - Santé - 7 novembre 2019

Industrie pharmaceutique et prescriptions médicales : des cadeaux empoisonnants ?

Les « cadeaux » de l’industrie pharmaceutique influencent-ils les prescriptions des médecins ? Telle est la lancinante question que, dans la foulée du médecins-bashing à la mode, une palanquée de chercheurs ont cru utile de se poser. Et comme à la question « C’est-y mouillé là où il pleut ? », la réponse est évidemment oui, sans quoi les agences de publicité ou de communication pourraient toutes mettre la clé sous la porte.

Les médecins de la génération du baby-boom ont connu l’âge d’or des pimpantes visiteuses médicales, qui utilisaient tous les arguments pour les convaincre de prescrire leur produit plutôt que celui du concurrent. On disait, alors, que, chaque année pour se former, un médecin dépensait lui-même 50 francs, la Sécu 500 et l’industrie pharmaceutique 5.000…

Jusqu’à ce qu’un jour, sous Mitterrand, un journal publiât la photo de plusieurs centaines de médecins banquetant aux frais d’un laboratoire au cœur de la Cité interdite à Pékin ! C’en était trop, et le ministre des Affaires sociales de l’époque (lui-même mis en examen peu de temps après…) fit alors passer une loi « anti-cadeaux ».

À vrai dire d’application lente et difficile, mais aujourd’hui à peu près efficace pour la galaxie libérale, tout en ayant entraîné une vague de licenciements de visiteurs médicaux, et de leurs médecins-formateurs. Enfin, depuis le scandale du Mediator®, le site transparence.sante.gouv.fr est à la disposition de tous.

Le problème est plus délicat pour le monde hospitalier, lieu d’excellence et de recherche, laquelle va difficilement sans financement(s). Il est normal qu’un service qui teste une nouvelle molécule (ce qu’on appelle un essai clinique) soit rétribué par le fabricant, rétribution qui souvent alimentera une association de recherche liée au service, laquelle pourra acquérir plus souplement (et surtout plus rapidement) certaines fournitures indispensables à son fonctionnement.

Normal, également, qu’un patron prié d’exposer le résultat de cette recherche à un parterre de confrères soit honoré de sa prestation. Et logique, enfin, que sa conférence attire plus de monde dans l’auditorium du Palais des Festivals de Cannes que dans la salle paroissiale d’Hénin-Beaumont…

Mais la vraie question : « Cet expert exposera-t-il honnêtement ses conclusions, même sur les inconvénients et effets indésirables de la molécule ? » ne dépendra que de sa conscience et ne sera jamais résolue par une loi.

Enfin, dans un pays aussi centralisé et monopoliste que la France, la question de l’indépendance des experts est parfois insurmontable. À l’époque du scandale du sang contaminé par le HIV, qui pouvait juger de l’attitude du Centre de transfusion sanguine sans avoir jamais travaillé pour lui ? Et existe-t-il un expert français du ferroviaire qui n’ait jamais eu aucun lien avec la SNCF ?

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