Indochine : imposture musicale et politique du siècle ?
Traditionnellement, le vendredi 13 est un jour funeste. Et voilà que l’adage populaire se vérifie, une fois de plus, avec le Prix spécial des Victoires de la musique, remis au groupe Indochine pour sa dernière tournée ayant réuni plus d’un million de spectateurs. Quand on vous dit que la France va mal, ce n’est donc pas que simple vue de l’esprit. Ainsi, existe-t-il d’insondables mystères dans la vie. Les énarques ont-ils une âme et les rappeurs un cerveau ? Qui a commandité l’assassinat de JFK ? Qui était l’homme au masque de fer ? Pourquoi Indochine reste-t-il l’un des orchestres pop les plus populaires du pays ?
À l’évidence, cette dernière interrogation demeure la plus insoluble. En effet, rien ne prédestinait cette formation de quatre bras cassés à connaître le succès. Et pas n’importe lequel, vu que ça fait quarante-cinq ans que ça dure. Résumons. Deux frères jumeaux, Nicola et Stéphane Sirkis, gosses de bonne famille dont le père Dimitri est savant atomiste, sont faits pour la musique comme l’auteur de ces lignes pour envisager une carrière de danseuse étoile. L’un maltraite sa guitare et l’autre joue des claviers avec la vivacité d’un garçon de bureau planté derrière un fax. À la basse, Dominique Nicolas ne relève pas le niveau, pas plus que Dimitri Bodianski, joueur de saxophone ayant tendance à se prendre pour Charlie Parker, alors qu’il ne serait même pas capable d’intégrer la fanfare de Trou perdu-sur-Champignac, village hautement respectable par ailleurs.
Pour tout arranger, ils chantent tous faux et écrivent des paroles parfaitement ineptes. Un exemple ? Troisième sexe : « On se prend la main (on se prend la main)/Et on se prend la main (on se prend la main)/Des garçons au féminin (des garçons au féminin)/Des filles au masculin (des filles au masculin)/Des robes longues pour tous les garçons/Habillés comme ma fiancée/Pour des filles sans contrefaçons/Maquillées comme mon fiancé. »
Henri Vernes, le père de Bob Morane, floué par Indochine ?
Ah oui, on avait oublié de préciser : les jumeaux Sirkis, dont l’un fut militant de la Ligue communiste révolutionnaire dans sa jeunesse, ont une conscience politique. De gauche, il va sans dire, même si l’indispensable Dictionnaire du rock (Robert Laffont), rappelle malicieusement : « On vouvoyait nos parents, confiera Nicola Sirkis en 2004 au Monde. » Néanmoins, lors de leurs débuts, cela ne sautait pas aux yeux, et encore moins aux oreilles. Leur premier tube ? L’Aventurier, qui cite longuement Bob Morane, le héros de Henri Vernes. Lequel s’agace dans ses mémoires, Bob Morane et moi (Ananké) : « Je n’étais pas au courant de ce projet et j’ai été étonné de le découvrir un jour à la télévision. Car cette chanson reprend tout de même un grand nombre de titres de Bob Morane. On aurait au moins pu me prévenir. Mais j’ai refusé de faire un procès car je ne voulais pas aller à l’encontre d’un petit groupe de jeunes débutants qui faisaient de leur mieux. » La classe.
La charge des Inconnus…
Mais avant d’en arriver là, leur carrière connaît des hauts et des bas, ce que l’on ne leur reproche évidemment pas. En revanche, les authentiques amateurs de rock ne sont guère tendres avec eux. Selon le Dictionnaire du rock, toujours : « Nicola Sirkis cultive un look d’androgyne vaguement ténébreux, rappelant celui de Robert Smith (The Cure). (…) Ses paroles évoquent soit l’amour (toujours), soit le monde décidément trop injuste. » Bref, Nicola Sirkis est à Robert Smith ce que ce brave Lucky Blondo pouvait être à Gene Vincent : une pâle copie. En 1992, les Inconnus se mêlent de la partie avec leur pastiche, Isabelle a les yeux bleus. Ces trois-là sont connus pour ne rien respecter, et surtout pas les impostures artistiques, tel qu’en témoigne C’est toi que je t’aime, leur parodie du rock alternatif gauchiste d’alors. Pour les principaux intéressés, l’humiliation est cruelle et ils peineront à s’en remettre.
Antifas de luxe…
Mais revenons-en aux ambitions politiques de notre poète, car depuis, c’est un festival. Troisième sexe n’est pas la première du genre et, en son temps, David Bowie jouait déjà de cette ambigüité de genre ; mais aux moins les chansons étaient-elles à la hauteur ; n’est pas Ziggy Stardust qui veut. Ensuite, du domaine sociétal nigaud à la politique à front de taureau, il n’y a qu’un pas, vite franchi. Florilège.
2017, lors de l’émission Quotidien, de Yann Barthès : « Si ça se trouve, dans trois mois, il y aura peut-être un gouvernement populiste, d’extrême droite, néo-nazi etc. et on sait ce que ça donne. (…) J’ai beaucoup parlé avec des gens assez âgés qui ont connu la Seconde Guerre mondiale et, quand je leur parlais des élections, il y en avait qui pleuraient. » De rire, on imagine.
L’année suivante, la Fête de la musique à l’Élysée, avec Kiddy Smile et son gang de travestis manifestement échappés du Bois de Boulogne. De Marine Le Pen à Julien Aubert, de Christine Boutin à Philippe de Villiers, il est assuré que ce happening est pour le moins contestable. Aussitôt, Nicola Sirkis s’insurge, sur le plateau de Laurent Delahousse, futur co-présentateur de la Cérémonie d’ouverture des JO : « C’est une vieille France qui parle comme ça. C’est à la fois homophobe, raciste, et ce n’est pas ça que nous, et une partie de la jeunesse, on a envie d’entendre. »
La mise au point de Jordan Bardella…
En 2023, il remet le couvert au grand banquet des démocrates indignés, lorsque annulant sa prestation au festival Les Déferlantes, au simple motif qu’il a été, pour des motifs logistiques, à Perpignan, ville dont le maire n’est autre que Louis Aliot. Ce qui fait dire à Jordan Bardella : « C’est profondément sectaire et irrespectueux pour les milliers de leurs fans qui probablement sont des électeurs aussi du Rassemblement national. (…) Quand on est artiste, on ne fait pas de la politique, on ne trie pas les gens qui viennent à ces concerts en fonction de leur opinion politique. (…) Je suis allé à un seul concert dans ma vie, à un concert d’Indochine. »
Un péché de jeunesse que l’on pardonnera volontiers au jeune président du Rassemblement national. Tout comme on pardonnera aussi à Nicola Sirkis. Le pauvre garçon peine déjà à chanter et à jouer de la guitare en même temps. S’il faut, de plus, lui demander de penser dans l’intervalle. Un de ses albums se nomme Dans la Lune. Comme la Lune aurait été un titre autrement plus adéquat.
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107 commentaires
Passons. sur les chansonettes du début de carrière qui nous ont fait danser (juste avant Stef’, de Monach’), sur leurs excentricités successives de fort. mauvais goût et disons à ces ex-ados qu’à 70 balais, il est ridicule de se dandiner su scène. Clap de fin, SVP !
Excellent article comme d’habitude , et merci à Nicolas Gaulthier pour ce moment de lecture toujours aussi corrosif et drôle, j’adore le style et partage tres souvent ses avis .
l article est salé mais il y a beaucoup de vrai dedans. Indochine a sorti quelques bonnes chansons. Néanmoins depuis ca tourne en rond c’est neuneu et lui chante de plus en plus faux. Il tente de vouloir rester jeune. Ils remplissent les stades ils auraient torts de se priver. Hélas beaucou en terme de musique ont des gouts discutables. Perso entre The Cure et Indochine il n’y a pas photo…
Pour ma part je n’ai jamais apprécié ce groupe par le passé, mais comme beaucoup d’autres qui font du prosélytisme dès qu’ils se trouvent sur un plateau médiatique tout acquis à leur cause , ce groupe est malheureusement trop souvent présent sur les ondes radiophoniques et notamment une radio que nous affectionnons , celle de Nostalgie ( présente chez nous comme en voiture) , aussi lorsque une chanson de ce groupe zélé est diffusée je coupe le son , de même que les chansons de Souchon que nous avons appréciées , mais on ne traite pas les gens de » français assez cons » (sic). Hélas comme dans d’autres domaines les médiocres sont récompensés.
comme d’hab, nicolas gauthier voit juste…..c’est vrai qu’indochine est une imposture
Que vous êtes cruel Nicolas !
Reconnaissez leur au moins un mérite : en bons citoyens adeptes du développement durable, ils recyclent leurs titres à l’infini avec toujours les mêmes accords.
En tant que nostalgique des Inconnus, je me permets une petite précision : « Isabelle a les yeux bleus » ne pastichait pas Indochine mais le groupe « Partenaires particuliers » qui lui a eu la décence de ne faire qu’une chanson…
Moi vous savez, sorti de Chopin …
Sauf que lui, il s’est arrêté avant et qu’*ainsi, il est entré dans la légende,, musicalement parlant
Ce que je préfère d’Indochine ? Justement la parodie des Inconnus…
Les Inconnus, dans leur talent, ont également un bien meilleur niveau musical
Ah, les Inconnus ! Après ce sketch, Indochine faisait la gueule… Mais ils étaient « méritants ». Je ne lasse pas de voir pascal Légitimus avec sa chorégraphie… « au taquet » . Le vrai talent était du côté des Inconnus. De bons souvenirs !
Face à l’engouement inexplicable pour ce groupe, je n’ai jamais osé dire que je trouvais que le chanteur de ce groupe chantait faux des paroles ineptes pour des adolescents prépubères !
Merci pour cet article qui dit tout haut ce que je pense depuis si longtemps…
J’ai adoré votre article : je partage complètement.
Encore un signe évident de notre décadence arriver a faire une carrière de 45 ans avec trois( fausses notes ) c’est peut etre ce qui a inspire un certain « president » a se prendre pour un Mozart…mais est ce bien de leur » faute » ? Le mauvais goût est devenu une » norme » a respecter..plus c’est moche ,tordu inaudible ,et plus il y a d’amateurs ( c’est bien le mot).. pour info, Indochine est quasiment devenu une pme, qui se déplace avec.20 semi-remorques..un peu comme un luna park..les effets spéciaux grandioses visent à compenser la pauvreté musicale…
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Ayant appris que Indochine fait de la musique, j’attends avec une impatience certaine les dates du ballet où M. Gauthier nous révélera ses plus beaux entrechats !
Merci pour l’article !
Ne soyez pas trop pressé !
Les chanteurs qui font de la politique, je boycotte…
Moi aussi. J’aimais bien Indochine AVANT. J’ai voulu regarder un concert à la télé il y a un an ou deux mais je ne suis pas allée jusqu’au bout. Déçue de chez déçue. Par ailleurs, je déteste ce type de prestation genre victoires et autres compèt’ de tout et n’importe quoi que je ne regarde jamais, évidemment. Je suis au courant que ça existe par mon magazine télé.
Cela arrive généralement en fin de carrière quand ils sont en panne d’inspiration
Ma réponse figure juste en-dessus du commentaire de lily