Qu’on ait ou non pour Jean-Marie Le Pen de la sympathie, si l’on met de côté ses dérapages verbaux, qui semblent relever plus de la provocation que de ses convictions profondes, les propos qu’il tenait sur l’immigration, voilà plus de trente ans, résonnent aujourd’hui d’une brûlante actualité.

Dans un discours prononcé à Marseille, le 4 avril 1987, il déclarait ainsi : « L’ est comme une voie d’eau qui envahit le navire et l’alourdit avant de le faire couler. » Le 8 novembre 1989, il dénonçait le même mal : « L’ prend aujourd’hui et pour l’avenir un caractère catastrophique […] Nous allons vers le pire dans tous les domaines. La France, ton avenir fout le camp ! » Il faut reconnaître qu’il a le sens et le goût de la formule, dans la lignée des grands tribuns, comme Léon Daudet, ce qui a pu lui jouer des tours.

Ses adversaires politiques lui reprochaient de dramatiser la situation, de jouer sur les peurs, quand il mettait en garde les Français contre le péril que représentait l’entrée massive en France d’immigrés, porteurs d’une culture totalement différente de la nôtre. On l’accusait de tous les noms pour le déconsidérer, pour le diaboliser. Aujourd’hui, pourtant, ses anciens détracteurs tiennent à peu près le même langage. Tout comme la plupart des politiciens de la parlementaire, voire de la gauche, qui le vouaient aux gémonies. Sauf que leur conversion paraît bien opportuniste, à l’approche des élections présidentielles.

Le Menhir, comme on le surnomme parfois, semble tomber progressivement dans l’oubli. À 93 ans, après avoir publié ses Mémoires, les médias n’en parlent plus que pour commenter une de ses réflexions sur la stratégie de sa fille Marine, quand elle peut nuire à sa candidature. Il en est aussi qui ont autrefois combattu aux côtés de son père ou à ses côtés, qui partagent avec elle beaucoup d’idées mais lui dénient la capacité d’accéder à la fonction suprême, comme s’ils prenaient plaisir à travailler à la perte de leur camp.

À ceux qui lui plantent des banderilles, qui ne blessent finalement qu’eux-mêmes, on peut légitimement préférer la lucidité d’un Robert Ménard, le maire de Béziers, qui, sans cacher ses désaccords avec le Rassemblement national, vient de réaffirmer son soutien à la candidate Marine Le Pen. Au lieu de chercher à la discréditer à son profit ou au profit de quelque homme providentiel, il lui dit, sans détour, ce qu’il pense dans une lettre intitulée « Chère Marine » et lui explique ce qu’elle doit faire, selon lui, pour gagner.

Pendant ce temps, Jean-Marie Le Pen est jugé pour un mot prononcé sur le site du Front national… le 6 juin 2014. Ce jour-là, comme il évoquait des artistes engagés contre son parti, tels que Yannick Noah, Guy Bedos ou Madonna, et qu’on y ajoutait le nom de Patrick Bruel, il rétorqua en riant : « Ah oui, ça m’étonne pas […] écoutez, on fera une fournée, la prochaine fois. » L’emploi du mot « fournée », qui, dans le langage courant, signifie un ensemble de personnes à qui l’on fait subir le même sort, avait forcément, dans sa bouche, une connotation antisémite.

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage, dit le proverbe. En l’occurrence, ces coups de patte contre Jean-Marie Le Pen ou contre sa fille n’honorent guère leurs auteurs : elles rehaussent plutôt le crédit des accusés. Le premier reste, en matière d’immigration, un prophète, et la seconde, quelles que soient ses faiblesses, la seule candidate de la nationale susceptible de battre Macron.

5 septembre 2021

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