Editoriaux - Société - 30 mai 2019

Il l’écrase contre un bus ! Quand les embouteillages rendent fou…

Quand Mme Hidalgo se déplace, quand les ministres se déplacent, quand les crânes d’œuf de Bercy se déplacent, quand les sénateurs se déplacent (etc.), ils le font dans avec gyrophares et sirènes. Les plus gradés se font ouvrir la voie par des motards de la police qui bloquent les carrefours afin de laisser passer les carrosses. Tout ce beau monde grille les feux, remonte les quais à vive allure et, s’il le faut, prend les sens interdits. On a même pu lire, dans le passé, les confessions des chauffeurs de ces princes qui avouaient avoir usé de passe-droits identiques pour emmener les épouses de tous ces princes de la République faire les magasins ou conduire leurs enfants à l’école.

Pour le commun des mortels, c’est une autre chanson.

Voulant chasser de Paris les voitures, Mme Hidalgo a fait de la vie de ceux qui ne peuvent s’en passer un véritable enfer. Fermeture des voies sur berges, une double file dans la rue de Rivoli, une seule sur les quais de Seine, des travaux partout (plus de 6.000 chantiers sont en cours dans la capitale !), des quartiers « verts » où chaque rue est saucissonnée en tronçons à contresens les uns des autres et qui font du secteur un véritable labyrinthe… Là-,dedans il faut entasser les taxis, puis les vélos-taxis et les tuk-tuk, ces véritables pièges à touristes conduits par des Roumains ; et puis, il y a les vélos, les motos, les scooters, les trottinettes, les bus, les voitures de livraison…

Sur ce plan, l’équipe municipale a tenu ses promesses : rouler dans Paris est devenu un enfer. La ville est pour les automobilistes une prison : on ne peut plus y entrer, ni sortir, ni rouler. Seulement voilà, il y a encore des gens dont rouler est le métier, mais comme ils ne peuvent pas rouler, ils deviennent fous !

C’est comme cela qu’un chauffeur de bus touristique, Omar M., né en Algérie en 1973, a tué un automobiliste mardi après-midi, quai Voltaire, où la circulation est réduite en raison de la construction d’une piste cyclable. Parce qu’il a littéralement « pété les plombs ». Ça n’excuse rien, bien sûr, mais quand on a passé des heures dans les embouteillages, on sait que ça peut exploser à tout moment.

Le bus a percuté la voiture qui le précédait, le ton est monté, les insultes ont fusé, des coups ont été échangés. Pris de folie, le chauffeur est remonté dans son bus et a écrasé l’automobiliste contre un autre bus. On n’ose imaginer la mort épouvantable de cet homme de 56 ans et la stupéfaction horrifiée des passagers des deux bus.

C’est impensable et pourtant bien réel.

On ne sait pas comment les avocats du chauffeur assassin pourront défendre leur client, mais il serait juste que la mairie de Paris et son premier édile voient leur responsabilité engagée pour avoir fait de la vie de ceux qui travaillent dans Paris un enfer, cela, pour offrir aux touristes et aux bobos de Paris Plages un grand parc d’attractions.

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