Culture - Editoriaux - Entretiens - 27 novembre 2019

Guillaume Bigot : « On ne fait pas l’effort de digérer l’information »

Ce mercredi soir est inaugurée l’Académie Cicéron. Une initiative portée par Guillaume Bigot, spécialiste de géopolitique, Aquilino Morelle, Stéphane Simon et d’autres encore. Son but : réhabiliter la pour le plus grand monde. Avec des intervenants comme Zineb El Rhazoui, Yann Moix, Jacques Sapir, Laurent Alexandre et d’autres.

Explications au micro de Boulevard Voltaire.

On peut avoir accès à toutes les informations. On peut tout savoir à pratiquement n’importe quel moment. C’est la raison pour laquelle on ne comprend plus rien. On sait tout et on ne comprend plus rien.
Il y a bien un rapport entre les deux. On ne fait plus l’effort de digérer l’information. Ce que la calculette de poche avait fait au calcul mental, Wikipédia et Google l’ont fait à la culture générale. Si on ne digère pas énormément d’informations, on n’est plus en mesure de comprendre l’environnement qui nous entoure.

Qu’est-ce que l’Académie Cicéron ?

Elle a été fondée par votre serviteur et par Aquilino Morelle, l’ancien conseiller spécial de François Hollande, Stéphan Simon de Télé Paris ainsi qu’Éric Duquenoy qui appartient à la société Ipesup et m’accompagne dans ce projet. Le propos de l’académie Cicéron est à la fois de réhabiliter la culture générale et de la mettre avec les meilleurs conférenciers à la disposition du plus grand nombre.

Ancien conseiller de François Hollande, Aquilino Morelle est une des victimes de Mediapart qui avait pointé ses frais de chaussures…
Pourquoi ce choix ?

François Hollande est un faux gentil. Aquilino Morelle l’a servi parce qu’on sert toujours la République. Aquilino Morelle s’en est expliqué depuis. Il a été complètement blanchi, y compris de cette affaire grotesque de souliers qui était un coup monté et par François Hollande et par les laboratoires Servier. Il y a d’ailleurs en ce moment un procès que vous devriez suivre qui accable les laboratoires Servier dans l’histoire terrible du médiator.

Parmi les intervenants, on trouve Zineb El Rhazoui, Yann Moix, Jacques Sapir, Laurent Alexandre…
Un spectre très large !

On a surtout pris des gens qui avaient une sorte de soif de partage de connaissance, qui avaient des qualités pédagogiques et cette passion de transmettre. Je pense que ce que les anciens appelaient la libido sciendi, c’est-à-dire le désir de connaître, la soif de comprendre est une MCT, une maladie cérébralement transmissible.
Quand des gens passionnés par leur savoir le transmettent, en général ils transmettent aussi la passion de comprendre et d’apprendre.
Nous ne partageons absolument pas les vues politiques de Yann Moix. D’ailleurs, qui les partageraient ? Je ne sais même pas si lui-même les partage. Il a des positions qui ne sont vraiment pas claires. En revanche, Yann Moix est un grand romancier. Il entretient un commerce assez intime, fin et original avec l’histoire de la littérature française. Il sera un très grand professeur de littérature. C’est une certitude.
Hector Obalk est un grand spécialiste de la peinture. Il avait créé l’émission Grand art sur Arte. C’est un homme qui a mémorisé des milliers d’œuvres d’art et de peintures. Il a le soin du détail. Il peut vous en parler savamment, mais il peut aussi vous donner l’envie d’aller dans les musées et de comprendre l’histoire de la peinture. Nous avons choisi nos intervenants non pas en fonction de leurs options politiques, mais en fonction de leur capacité à transmettre.

Pourquoi redonner de la culture générale quand Wikipédia, l’information instantanée et tout simplement le Web apportent déjà cela ?

C’est vraiment une illusion. Premièrement, plus il y a d’informations plus il faut pouvoir les trier, les classer et les ordonner. Deuxièmement, moins vous avez de temps de cerveau disponible plus votre capacité de concentration est happée et constamment sollicitée et plus vous avez intérêt pendant certaines plages à éteindre vos portables et à allumer vos cerveaux. C’est fondamental si vous voulez comprendre quelque chose et à nouveau vous concentrer. Le troisième argument est précisément celui de l’abondance des informations et de la mise à disposition de toutes les informations.
Les calculettes ont détruit le calcul mental. Les gens ne font plus les opérations arithmétiques simples dans leur cerveau, ils confient cela aux machines. La révolution numérique et internet vont beaucoup plus loin. C’est en train de disrupter la culture, tout simplement. Si vous n’êtes pas en mesure de processer vous-même les informations, si votre horloge interne, votre cerveau ne digère pas, ne macère pas et n’assimile pas les informations, elles restent extérieures.
Ce qui est extrêmement dangereux avec les ordinateurs, c’est que ce ne sont pas des prothèses des muscles, mais des prothèses des cerveaux. Ils pensent à votre place. Moins vous pensez et plus vous êtes manipulable.
Pour terminer, on voit bien ce qu’on appelle “l’effet jogging”. Moins les gens marchent plus ils prennent les transports en commun ou les voitures et plus ils sont besoin de courir pour rattraper. L’organisme humain est fait pour marcher des dizaines de kilomètres par jour. Si vous ne le faites plus, vous déséquilibrez la machine physiologique. Il en va de même intellectuellement. Il va y avoir j’en suis certain un effet jogging. Les gens vont avoir besoin de se poser et de se déconnecter pour comprendre et pour se réapproprier leur destin et le monde dans lequel il vit. Je le répète, on sait tout, mais on ne comprend plus rien !


Quelle sera la formule ?
Payante ? Accessible à tous ? Diplômante ?

Elle est à la fois payante, libre d’accès parce que nous allons faire en sorte que les boursiers puissent accéder à moindres frais à nos formations et qu’on ne soit pas gêné par un manque de moyens financiers pour se former à l’académie Cicéron, à la culture générale.
Ce sont des intervenants de très grande qualité avec des prestations assez haut de gamme. Un échange est d’ailleurs prévu avec les intervenants à l’issue de leur conférence. Vous aurez aussi une captation vidéo et la possibilité de réaccéder en ligne à tout le contenu une fois que vous aurez assisté aux conférences.
Donc, oui, ce sera payant, mais non nul ne sera gêné par sa condition. On a également prévu dans le dispositif de mettre à disposition les contenus gracieusement aux gens qui sont incarcérés. On pense qu’il y a vraiment une dimension éducative de la culture. La culture nous élève. C’est très important.