Editoriaux - Education - Tribune - 15 juin 2019

Grève du bac le 17 juin : ces raisons de faire grève que M. Blanquer a encore accumulées cette semaine

Toutes ces raisons que nous avons de faire grève… On pourrait en faire une liste à la Prévert, en remontant simplement le fil de l’actualité.

Le ministre Blanquer et la majorité sénatoriale de droite, en cette fin de semaine, veulent autoriser le voile islamique pour les sorties scolaires. Quarante ans après la révolution islamique en Iran, la République française que l’on croyait laïque en est donc arrivée là…

La réforme du lycée et du bac est une véritable usine à gaz qui va rendre encore plus complexe ce qu’il aurait fallu simplifier. Elle ne règle pas le problème de la classe de la seconde et de l’orientation, mais détruit ce qui marchait à peu près encore dans les séries S et ES.

Les programmes, par exemple en français, empilent les exigences nouvelles, alors que tout le monde sait bien quel est le niveau des élèves en ce domaine… Ubu.

Pour les enseignants, cette réforme se traduit par des milliers de suppressions de postes, donc des possibilités de mutations et de carrières appauvries, un traitement parmi les plus faibles de l’OCDE, un manque de reconnaissance et de perspectives. Et, donc, une crise du recrutement sans précédent.

Quant au collège Blanquer, il continue de voguer sur la réforme Vallaud-Belkacem où, par le biais du tout compétences, on cherche à casser ce qui reste de thermomètre. D’ailleurs, le ministre va aménager un nouveau brevet pour le donner plus facilement et plus largement, non pas sur une évaluation des savoirs fondamentaux, mais sur des compétences « sociales »…

Justement, faut-il parler de l’ensauvagement de la société que nous subissons quotidiennement, d’une administration plus prompte à écouter parents et élèves et à culpabiliser les enseignants victimes, comme le mouvement « Pas de vagues » l’a fait éclater au grand jour au début de cette année scolaire ?

Dernières nouvelles : l’âge de la retraite « pivot » (comme c’est joli !) à 64 ans et une nouvelle décote couplée à une réforme qui sent, évidemment, l’arnaque à plein nez pour tous les enseignants de moins de 55 ans.

Si, avec tout ça, vous hésitez encore à devenir enseignant, vous avez raison. Et à faire grève le 17, vous avez tort.

Il n’y aura peut-être que 10 % de grévistes, mais dans un milieu très moutonnier et si peu révolutionnaire, assez macronisé, finalement, ce sera une victoire. Bien sûr, il y aura toujours beaucoup de collègues pour se cacher derrière leur « respect des élèves », leur souci de ne pas « les pénaliser ». Ou des soupirs contre ces « grèves fourre-tout » de la part de ces profs qui ne feront jamais grève, même quand le fourre-tout leur est lancé en pleine figure… Le mammouth atteint du syndrome de Stockholm, on le croise souvent en salle des profs.

Mais il y aura une minorité, des dissidents.

Tiens, alors qu’il y a dix jours, M. Blanquer qui, « nouveau cerveau de Macron » », comme le présentait Le Point, il y a deux mois, se prenait pour un nouveau Sarkozy face aux syndicats (une grève des profs le jour du bac ? Même pas peur !), le ton semble avoir changé, rue de Grenelle. Lors d’une conférence de presse, Jean-Marc Huart, le numéro deux officieux du ministère, a déclaré : « Nous ne sommes pas particulièrement inquiets, mais nous sommes vigilants. » Ou comment passer de l’arrogance tranquille à la vigilance tranquille. Sur le terrain, dans certains lycées, on en est même à un degré de pétoche moins avouable.

Sud-Ouest est allé interviewer Bruno Bobkiewicz, membre du bureau national du SNPDEN-Unsa, principal syndicat des chefs d’établissement : « On n’est pas hyper sereins. » Beaucoup de proviseurs ont doublé les convocations, organisé des réunions de pointage, tardé à dévoiler leur organisation.

La peur aurait-elle changé de camp ? En fait, c’est bien là l’ultime raison de faire grève, s’il vous en fallait encore une : l’arrogance tranquille de M. Blanquer.

Alors, grève du bac ? Oui, même pas peur, M. Blanquer.

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