C’est l’un des paradoxes majeurs de notre époque qui en est riche : pour « empêcher » de mourir les plus âgés d’entre nous, on les aura gravement empêchés de vivre !

La crise sanitaire que nous traversons depuis plus d’un an maintenant met plus que jamais en lumière cette absurdité : il faut vivre à tout prix, plus vieux que jamais, battre des records de longévité… mais vivre comment ? Dans quel état ? Pour quoi ? Pour qui ?

Objectivement, on est tenté de répondre que c’est seulement pour offrir au corps médical tout-puissant l’illusion du triomphe sur la mort. Alors, pour cela, on a enfermé nos vieux. On les a privés de sortie, privés de leurs familles, privés de contact.

En résumé, on a fait de leur fin de vie un univers carcéral comme on n’en impose plus à aucun taulard !

Saisie de nombreuses plaintes et signalements (211 saisines en 2020, dont deux émanent de collectifs représentant quelque 300 familles), Claire Hédon, Défenseur des droits, a rendu ce mardi un rapport dénonçant les graves atteintes à la liberté dans les EHPAD. « L’examen de ces réclamations montre, de manière récurrente, des atteintes aux droits fondamentaux, au respect de la dignité et l’intégrité des personnes accueillies », lit-on dans ce rapport. « Le droit à la vie privée et familiale a donc été grandement entravé au cours de la crise sanitaire, et de façon bien plus importante pour les personnes résidant en EHPAD que pour le reste de la population. »

Sont cités les faits de maltraitance dont, malheureusement, beaucoup d’entre nous ont eu à connaître : « réalisation de tests de dépistage sans consentement, maintien de restrictions de sorties pendant les périodes de déconfinement, interdiction des sorties à proximité, des visites de proches ou d’aidants familiaux pendant plusieurs semaines, impossibilité pour des familles de voir leur proche mort car immédiatement mis en bière, maintien des interdictions de sortie pour les résidents vaccinés… » Aujourd’hui encore, et cela, malgré les consignes du gouvernement, dans nombre d’établissements, rien n’a bougé : « Les dernières réclamations indiquent que des visites restent interdites par endroits, que certaines personnes âgées sont placées à l’isolement après une sortie en . Nous sommes particulièrement inquiets de voir que ces entraves à la liberté perdurent », dit ainsi Claire Hédon au Figaro.

Les conséquences sont évidemment dramatiques. Le rapport fait état « de la dégradation majeure de l’état psychologique et/ou physique des personnes résidant en EHPAD », décrivant des personnes âgées « ayant perdu le goût de la vie, souffrant de dépression, exprimant le sentiment d’être emprisonnées ». À quoi il a fallu souvent ajouter « l’absence de continuité des soins, voire de difficultés d’accès aux urgences, y compris pour des patients dans un état grave ».

Redisons-le, ce qu’on a fait subir à nos anciens – à savoir, essentiellement, la privation des liens familiaux, l’interdiction d’aller et venir, le non-respect de leur consentement -, on ne l’impose plus aux délinquants et parfois pas même aux criminels. Notre de la mort, notre lâcheté face à cette issue inéluctable de nos existences poussent, dans bien des domaines, à une terrible déshumanisation. Qu’il s’agisse d’imposer une vie végétative à ceux qu’on refuse de laisser partir (la « condamnation à vivre » des années de coma) ou la prison ferme au prétexte d’un virus, on retire à la fin de vie ce qui fait sa dignité : la liberté des choix.

Et puisque la mode est aux , qu’on interroge donc les vieux dans leurs maisons de retraite : quel est le plus grave et le plus douloureux pour vous, attraper le Covid-19 ou ne plus voir vos proches ?

On prévoit qu’en 2060, la France comptera 24 millions de personnes âgées de 60 ans et plus pour 73 millions d’habitants. Il serait peut-être temps, alors, de se pencher sérieusement sur ces questions.

4 mai 2021

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