Culture - Editoriaux - 11 mai 2019

Grandeur et misère du patrimoine religieux en France

Le 15 avril 2019, après 856 ans d’un rayonnement et d’une splendeur incomparables, un terrible incendie ravageait Notre-Dame de Paris. Celle-ci fut à deux doigts de s’effondrer totalement. L’effet de la malchance ? Éléments de réponse.

La Révolution confisqua les biens de l’Église et en revendit une grande partie. Depuis la loi de 1905, les cathédrales, toutes classées monuments historiques, appartiennent à l’État, et les églises sont la propriété des communes. De même que le mobilier (calices inclus). Seules les églises et cathédrales édifiées après 1905 relèvent des diocèses.
L’État et les communes, propriétaires, sont donc responsables de l’entretien de ces édifices.

Le budget du ministère de la Culture est de 10 milliards. Là-dessus, 326 millions sont consacrés à l’entretien et à la restauration des 45.000 monuments historiques et 290.000 objets protégés. Actuellement, on estime à 2.000 le nombre de ces bâtiments en péril. Alors qu’il ressort d’une étude du ministère de la Culture que la restauration et l’ouverture au public de nos monuments, au sens large, entraînent des retombées économiques d’un montant de 21 milliards d’euros et représentent plus de 500.000 emplois directs et indirects.

34 % des monuments historiques, soit environ 15.000, sont des édifices religieux, auxquels, en 2017, furent affectés 116 millions. Sans doute la République espère-t-elle qu’un miracle pourvoira au reste ?

Concernant Notre-Dame, tandis que l’État ne pouvait plus reculer devant une campagne de travaux lourds, enfin décidée en 2017, et que l’archidiocèse lui demandait 150 millions, celui-ci lui accordait… deux millions par an, pendant dix ans. Montés à quatre si le mécénat apportait aussi au moins deux millions par an. De fait, l’immense majorité des travaux (210 millions prévus) était financée par le mécénat, notamment américain…

Quant au système de sécurité incendie de la cathédrale, il s’est avéré extraordinairement défaillant : deux alertes incendie ont retenti dans la demi-heure précédant le drame, mais soit au mauvais endroit, soit le seul vigile appointé a donné une mauvaise information. C’est ainsi que, ces dernières années, de nombreux incendies ravagèrent moult monuments historiques publics, souvent pendant les travaux.

Concernant la sécurité de Notre-Dame tout court, elle était tout simplement inexistante : un vigile le jour, plus le concierge la nuit. En 2016, un rapport du CNRS tirait la sonnette d’alarme ; il fut enterré par Matignon. Une vidéo de 2018 circule sur YouTube, où l’on voit deux adolescents escalader l’échafaudage, passer la nuit sur les toits et redescendre tranquillement le lendemain, en toute impunité ! Et ce n’est pas la seule. Alors que pas moins de 800 lieux de culte catholique furent vandalisés en 2018 en France, en dépit de l’obligation de l’État ou des communes de prévenir les risques de dégradation, vol ou accident.

On estime que, sur 5.000 édifices religieux en souffrance, 500 sont clairement menacés. À Paris, l’état des églises est alarmant, ne serait-ce que les installations électriques, qui sont totalement hors d’âge, dangereuses, y compris pour des églises emblématiques comme la Madeleine. Les infiltrations d’eau sont courantes. Sur un budget de fonctionnement de 8 milliards, la ville consacre 13 millions par an aux 96 édifices cultuels qu’elle possède, dont 85 églises, plus 40.000 œuvres d’art. Dans ces conditions, le patrimoine se dégrade plus vite qu’il n’est restauré. Mergitur nec fluctuat ?

Entre une Église qui s’est vue spoliée de son patrimoine et, désormais, bien souvent se préoccupe davantage du temporel que du spirituel et voit ses lieux de culte se vider, et un État qui, après s’être mis sur les bras le patrimoine en question, se mêle de tout sauf de ses fonctions régaliennes, le salut de notre patrimoine religieux n’est pas gagné…