Editoriaux - Entretiens - Politique - 9 avril 2019

François Bert : “Ce qui cloche, en macronie, c’est l’explosion de la start-up nation !”

Le journal Le Point vient de titrer : « Les stagiaires : ce qui cloche en macronie. » Tout ne va pas pour le mieux dans le petit cercle restreint des proches d’Emmanuel Macron. Analyse de François Bert au micro de Boulevard Voltaire, qui compare le système Macron à une start-up non conçue pour durer.

Il est assez étonnant qu’on ait assisté à une campagne en faveur des vertus de dialogue et de fluidité. C’est une sorte de rattrapage soudain de la réalité.

Spécialiste en ressources humaines, ancien officier, François Bert s’interroge sur l’entourage du Président.

Plus ils avancent dans la réalisation concrète, plus on a l’impression qu’ils se sont constitués uniquement comme de belles images. Au fur et à mesure que la contrariété de la réalité se fait sentir, la violence apparaît.

En cause, la récente arrestation de Yassine Belattar, les accusations à l’encontre de Mounir Mahjoubi ou encore l’affaire Benalla.

On avait déjà évoqué ensemble le problème du rapport à la réalité des gens qui se construisent avant tout sur l’image et sur un besoin de correspondre à un modèle parfait. On est exactement là-dedans.

La chute de Yassine Bellatar révèle-t-elle aussi cela ?

On est passé du bal des ego à la bulle des ego. Le bal des ego se manifeste là où il y a du pouvoir. Les gens veulent se faire mousser. On franchit un seuil.
Ces gens se construisent uniquement sur un besoin d’exister, par un positionnement, sans jamais rien apporter derrière.
En somme, je construis ma personnalité uniquement sur la conviction que je suis parfait. Lorsque la réalité me contrarie, je ne peux pas l’admettre. Je reste alors sur place et je deviens violent, parce que cette contrariété est insupportable. Je veux complètement la réduire. Je vais donc être violent avec les gens qui me ramènent à la réalité.

Que vous inspire cette une ?

C’est l’explosion de la bulle de la start up nation. Une start up est souvent éphémère. À l’inverse, un État s’inscrit dans la durée. Cela demande une intelligence et une vision, par étape, de la manière dont on coordonne les talents.
Je travaille moi-même avec beaucoup de start up. J’ai vu des start up remarquables et les structures d’accompagnement qui pouvaient être très déployées.
Aujourd’hui, nous remarquons la tendance suivante : le seul objectif des accompagnateurs de start up est la réalisation personnelle de l’entrepreneur startuper. Cette tendance ne prend pas en compte un autre élément important. Quand un projet est lancé, il induit une charge de personnes et d’âmes.
Il faut être conscient de ses inconséquences potentielles et de leurs dégâts humains et matériels.
Ici, on a affaire à une sorte de petit club d’adorateurs du dieu Macron. C’est une espèce de deal, « Tu m’adores, je t’adore, on est content » qui a continué ensuite à vouloir exister en tant que tel.
Aujourd’hui, à l’Élysée, il n’y a aucun conseiller de plus de 35 ans capable de faire rentrer la start up nation dans la durée et de lui dire : « Voilà comment on prend des décisions qui construisent un pays. »
On a uniquement un petit club d’adorateurs mutuels consentants qui tournent autour de Macron. La start up nation risque de se terminer comme, hélas, 80 % des start up, c’est-à-dire par un échec.

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