Dans une interview, un ancien chauffeur de dépanneuse se confesse à un journaliste du Parisien. « Mon père, j’ai pêché », avoue le conducteur au préposé chargé de recueillir les petites et grandes misères de la profession : “J’ai emmené des voitures à la fourrière alors que je n’avais plus de points sur mon permis.” Irai-je en enfer ?

Le repenti affirme connaître plusieurs conducteurs dans ce cas. Au cours de leurs allées et venues incessantes, les infractions se succèdent et les points s’envolent, notamment pour des conversations téléphoniques au volant avec l’employeur qui donne ses instructions. Peugeot mal garée à bâbord, camionnette stationnée sur un « bateau » à tribord… Avec 7 euros par véhicule à partir de 250 enlèvements par mois, l’employé devient un chasseur de primes survolté qui ramasse petites, moyennes et grosses berlines, même si l’avant de la dépanneuse se soulève et voit sa distance de freinage dangereusement rallongée lors du transport jusqu’au parking. Time is money. Un chien enfermé dans un véhicule en infraction n’est pas un problème. Après 1 h 30, les agents ont pour consigne de briser la vitre pour libérer la bête. Les automobilistes parisiens savent désormais qu’un Rottweiler enragé assis sur la banquette arrière est la garantie de retrouver son véhicule, même lorsqu’il a été garé devant l’entrée de la mairie de Paris. Tigres, guépards, gorilles, boas constricteurs pourraient faire partie de l’équipement indispensable pour stationner en toute sérénité dans les rues des grandes villes. Excellent investissement. Pour les véhicules trop hauts qui ne rentrent dans certaines préfourrières, le patron a des arrangements avec des propriétaires de parkings à ciel ouvert. Tout doit disparaître.

À peine remis de ses émotions, le journaliste du Parisien s’est rendu, ensuite, auprès d’un avocat qui allait, lui aussi, remettre en cause le fonctionnement de la fourrière. Dure journée. D’après Sébastien Dufour, spécialiste du droit routier, les dépanneuses-enleveuses seraient elles-mêmes dans l’illégalité. Trop peu puissantes pour tracter des voitures, elles constitueraient un danger dans la circulation. Il s’agit de 4×4 customisés, de ceux utilisés en Irak ou en Libye avec « une mitrailleuse plantée dessus ». Daech pour débarrasser les rues des voitures mal garées… L’idée pourrait faire son chemin dans l’esprit d’Anne Hidalgo.

Ces engins « hors de contrôle » sont estimés à un millier sur le parc français. Environ 80 % de l’ensemble de la flotte.

Petite note d’optimisme pour ne pas ruiner complètement le moral de l’enquêteur du Parisien : la mairie de Paris semble avoir repris les choses en main et mis en place une toute nouvelle unité de contrôle des grutiers d’une dizaine d’agents. “Les marges de manœuvre restent néanmoins limitées, avant la fin en 2020 des contrats signés entre la préfecture de police et les entreprises délégataires.” Ouf ! Ca ira mieux un de ces jours. En sortant de chez l’avocat, le journaliste du Parisien est monté dans sa voiture qui venait d’être hissée sur la plate-forme d’une dépanneuse. Les agents de la fourrière ont demandé au journal de venir la récupérer dès que possible.

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