Football : déconnectée, l’équipe de France ne séduit plus

Grande favorite du Mondial américain à venir, l'équipe de France composée de joueurs hors-sol ne fédère plus.
Didier Deschamp. Capture d'écran Fédération Française de Football
Didier Deschamp. Capture d'écran Fédération Française de Football

Dans un peu plus de deux mois, le 11 juin prochain, le coup d’envoi de la vingt-troisième Coupe du monde de football sera donné aux États-Unis. Les joueurs de Didier Deschamps sont qualifiés pour la compétition et le niveau de jeu des Bleus est tel que les Français peuvent espérer un bon résultat. Encore faut-il qu’ils s’intéressent à ce Mondial et, plus particulièrement, à l’équipe de France.

En effet, il y a, depuis quelque temps, un désamour du public français pour les tricolores. En témoignent les audiences des matchs amicaux qui ont eu lieu la semaine passée. Le jeudi 26 mars, les Bleus étaient opposés à l’équipe du Brésil sur la pelouse du Gillette Stadium de Foxborough, près de Boston. Lors de cette rencontre, à peine plus de 5 millions de téléspectateurs étaient devant leurs écrans. Trois jours plus tard, le dimanche 29, ils affrontaient la Colombie au Northwest Stadium de Washington devant 4,7 millions d’amateurs de football. Depuis deux ans, la France n’a pas séduit plus de 6 millions de personnes et, au cours de la dernière année, elle a peiné à en réunir plus de 5 millions.

Audiences en berne

Les Français ne s’intéressent pas moins au football, puisqu’ils étaient 11,8 millions devant la finale de la Ligue des champions entre le Paris Saint-Germain et l’Inter Milan, en mai dernier, mais ils s’éloignent peu à peu de l’équipe de France.

Pourquoi ? Ce n’est évidemment pas à cause du jeu, puisque, comme évoqué précédemment, tous les spécialistes s’accordent à dire que les Bleus forment une équipe de très haut niveau et qu’ils sont les favoris pour la victoire, lors de la prochaine Coupe du monde. Si les Français boudent l’équipe de France, c’est parce qu’ils ne parviennent plus à s’identifier à elle. Un fossé s’est creusé entre les joueurs et le public.

Les Bleus ne sont plus des Français comme les autres - avec, en plus, un talent pour pousser un ballon au fond des filets -, ils sont aujourd’hui des stars, ou plutôt des divas. Pour preuve, à chacune de leur arrivée à Clairefontaine pour un rassemblement, ils participent à un véritable défilé de mode. Ces messieurs sont habillés de pied en cap par Vuitton, Hermès et autres Kenzo, et le prix de leurs tenues dépasse parfois les 10.000 euros, sans compter les montres. À l’heure où la plupart des Français peinent à boucler leurs fins de mois, cet étalage est très mal vu. D’autant plus qu’il est fait de manière très ostentatoire par beaucoup (pas tous) de joueurs.

Dans un entretien accordé à L’Équipe, Nicolas de Tavernost, le directeur démissionnaire de LFP Media, voit dans ce désamour « possiblement un phénomène sociologique ». Il ajoute : « Le sentiment d'appartenance au XV de France gagne du terrain, il suffit de voir comment la Marseillaise est chantée dans les stades de rugby, par rapport à un phénomène parfois de désaffection du foot lié à des crises de différents ordres. »

Joueurs hors-sol

L’équipe de France de football souffre en effet de la comparaison avec le XV de France. Lors du tournoi des Six-Nations, les rugbymen ont attiré plus de 7 millions de téléspectateurs à chacun de leurs matchs et la dernière rencontre qui les opposait à l’Angleterre a même connu un pic à 9,5 millions.

Bien qu’ils gagnent aussi beaucoup d’argent, les joueurs de rugby semblent être restés plus simples, plus faciles à aborder. Ils ne se pavanent pas. Pour le commun des mortels, il est de fait plus facile de s’identifier à un Thomas Ramos ou à un Charles Ollivon qu’à un Marcus Thuram ou à un Théo Hernandez.

Cela pourrait néanmoins ne pas durer. Les joueurs de rugby sont de plus en plus starisés. Antoine Dupont en est le parfait exemple. Il tourne des publicités, fait la une de magazines, a créé une collection capsule en partenariat avec la marque AMI, assiste à des défilés de mode, est invité au festival de Cannes… Pour le moment, tout cela est contrebalancé par un ancrage très terroir qu’il partage avec un grand nombre de ses coéquipiers, mais à force, les rugbymen pourraient bien être les footballeurs de demain. Le monde de l’ovalie, si fier de ses valeurs, pourrait lui aussi se laisser envoûter par les sirènes de l’argent et se perdre, puis perdre en popularité.

Pour ce qui est du football, pour renouer avec le public à moins de deux mois du Mondial, il n’y a pas trente-six solutions : l’amour du maillot et du pays, prôné récemment par Kylian Mbappé, est un prérequis. L’humilité et la sobriété sont sans doute d’autres clefs. N’Golo Kanté et Olivier Giroud les ont, et comme par hasard, ce sont des joueurs très appréciés. À bon entendeur, salut !

Vos commentaires

4 commentaires

  1. Le rugby et le biathlon représentent une France à laquelle il est facile de s’identifier. Le foot, non. Trop payés, méprisants, les footeux sont comme les influenceurs de Dubaï, totalement déconnectés. On change leur maillot et ils peuvent représenter n’importe quel pays, dont ils ne connaitront l’hymne ni plus ni moins que la Marseillaise.

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