La « floutosphère » : une mouvance en pleine expansion

Illustration : Jany Leroy
Illustration : Jany Leroy

Libération consacre un article à ce qu’ils appellent les "néo-réacs", cette frange de personnalités dont les prises de position semblent rejoindre les thèses de Marine Le Pen, mais qui refusent de désigner le nom du parti politique avec lequel ils se sentent le plus en accord. Cette posture très particulière pourrait être regroupée sous le terme de "floutosphère". Un conglomérat étrange en rupture avec le conformisme ambiant, mais très évasif quant à la manière de s’en débarrasser. Au fil du temps, le cercle de cette mouvance s’est élargi et a vu arriver dans ses rangs de ces nouveaux ennemis du politiquement correct, un pied de part et d’autre de la frontière qui sépare le camp du bien des flammes de l’enfer des mal-pensants de droite.

Précurseur, membre fondateur, premier homme à avoir marché sur la planète des flous : Éric Zemmour. Même sous la torture, ce pionnier de la réaction populiste n’a jamais livré le nom du ou des candidats pour lesquels il votait. Le bulletin qu’il prépare pour le 2e tour repose dans un coffre en Suisse dont même sa femme ne connaît pas la combinaison. Les gants qu’il utilise pour glisser le papier dans l’urne lui évitent d’être identifié par son ADN. Il a tout prévu !

Séduits par cette position de rebelle "entre deux chaises", de nombreuses personnalités se décidèrent à plonger dans cette eau réputée glacée mais grandement réchauffée par le gourou qui leur criait, à la manière d’un touriste qui se baigne sur la côte bretonne : "Allez, venez, elle est bonne. Il suffit de rentrer !" Et tous y rentrèrent : Yvan Rioufol, Michel Onfray, Goldnadel, Finkielkraut, Bercoff, Houellebecq, Luchini… Mais toujours en gardant un pied sur le rivage. Règle d’or du mouvement. Le membre actif de la "floutosphère" se rêve poulpe. Un tentacule à droite, un autre à gauche, un bout sur l’épaule de Marine Le Pen, un autre sur Philippot et, pour les moins téméraires, un bon vote Macron pour conclure. Question de sauvegarde de l’emploi. Un rebelle sans médias est un rebelle perdu. Robert Ménard, qui s’est essayé à l’exercice, en sait quelque chose.

Les membres de cette mouvance se retrouvent, en réalité, coincés entre l’image exécrable du Front national et la lucidité de leur vision. Le parti vierge de tout passé sulfureux et conforme à leur réflexion n’existe pas. Une partie de l’opinion, elle aussi, est en proie au même syndrome. Le système médiatique a réussi son opération de diabolisation. La tentative de lifting a échoué. Le nom était trop connoté, la pression trop forte. La prestation pitoyable de Marine Le Pen à ce débat est venue comme acter la fin d’un cycle. Mettre un point final à une époque. Une refonte de tout ce bazar s’impose. Le ralliement de Nicolas Dupont-Aignan pourrait être l’occasion de revoir la copie. Les Zemmour boys n’auraient plus aucune excuse à rester dans le flou.

Jany Leroy
Jany Leroy
Chroniqueur à BVoltaire, auteur pour la télévision (Stéphane Collaro, Bêbête show, Jean-Luc Delarue...)

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