Editoriaux - Entretiens - Politique - 12 juin 2019

Fabien Di Filippo : « Édouard Philippe a empilé les dépenses sans mettre d’économies en face, je suis très inquiet ! »

Le député LR commente le discours de politique générale du Premier ministre et insiste sur l’unité du groupe parlementaire LR, « seule opposition crédible ».


Vous avez écouté le discours de politique générale du Premier ministre Édouard Philippe .
Qu’en avez-vous retiré ?

J’ai entendu beaucoup de poncifs généralistes. On se croirait revenu en début de quinquennat. On nous parle d’acte II, mais en fait c’est l’acte I. Seulement, entre temps, il y a eu deux ans d’échec et un déficit profondément creusé.
J’ai beaucoup d’inquiétudes, même si parfois les mots utilisés pouvaient correspondre à mes valeurs, notamment sur certains problèmes de notre société qui concernent le travail et le communautarisme. Deux ans après, j’ai choisi de juger ce gouvernement sur les actes.
J’ai assisté à un peu plus d’une heure au discours du Premier ministre. Il empilait les dépenses alors qu’ils en sont déjà à 140 milliards sans jamais mettre de recette ou d’économies en face, hormis la taxation des contrats. Elle pénalisera lourdement nos entreprises.
Malheureusement, je ressors de ce discours politique général encore plus inquiet que je ne l’étais ces derniers jours.

Certains pointaient un verbiage d’Énarques…

Je dirais le grand oral de l’ENA. On commente les grands problèmes du monde et les grands problèmes de la France avec beaucoup d’emphase, mais lorsqu’on regarde les mesures techniques qu’il faudrait prendre, tout s’évapore et tout repose sur du sable.
On est prompt à dépenser l’argent de nos concitoyens, mais on n’est pas prompt à proposer de réels efforts sur la dépense sociale et sur le surcoût de cette structure technocratique. Tout ce qu’on propose aux gens est d’avoir moins de représentants démocratiquement élus. Est-ce réellement un progrès ? Je ne le pense pas.
C’est loin d’être à la hauteur des enjeux de notre pays.

Virginie Duby-Muller a pris la parole au nom de votre groupe et a tenu un discours d’opposition.
Le groupe les Républicains a-t-il aujourd’hui, à l’Assemblée, une ligne politique assumée et claire ?

Vous avez le discours des gens qui regardent beaucoup les chaînes d’information. Malheureusement, vous devriez plutôt vous intéresser à ce qui se passe dans le concret de l’actualité parlementaire. Nous étions 104. Nous sommes aujourd’hui 103 députés. Cette unité et ces combats que nous portons, tel que Virginie l’a porté aujourd’hui à la tribune en notre nom, nous continuons de le porter. Il n’y a pas d’ambiguïté sur les valeurs. Il peut arriver que certains aient eu les chocottes, à l’approche des échéances municipales.
Les gens qui continuent de tenir les valeurs de défense du travail, de rationalisation de l’immigration, de sécurité de nos concitoyens et d’équité territoriale continuent de tenir notre ligne à nous.
Ce n’est par parce qu’un Premier ministre nous vole deux ou trois expressions qu’on va remettre en cause tout ce en quoi nous avons toujours cru et tout ce que nous défendons.


Edouard Philippe a tranquillement et habilement enterré le parti socialiste et les Républicains.
Il a dit que l’enjeu n’était pas de ressusciter le parti socialiste ni de sauver la droite française.
L’avez-vous pris comme un acte de décès ?

Au contraire. Le fait qu’il prenne la peine d’en parler et de dire qu’il ne fallait surtout pas les ressusciter, cela veut dire qu’il en a peur. Il sait qu’entre la politique technocratique centralisatrice qu’il propose et le chaos des extrêmes, il y a une seule alternative crédible. Elle est constituée par le principal groupe d’opposition à l’Assemblée, celui des Républicains.
Nous avons besoin de temps pour retrouver la confiance des Français et pour faire passer un message clair et cohérent. Nous devons avoir beaucoup d’humilité par rapport à tout cela. La crainte que doit avoir le Premier ministre c’est qu’après les municipales, cette alternative commencera à se dessiner. Je peux vous promettre que nous serons au rendez-vous !

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