Editoriaux - Réflexions - 30 octobre 2018

Eugénisme : on y va tout droit !

L’animateur-producteur Marc-Olivier Fogiel milite en faveur d’une “gestation pour autrui éthique” à travers la publication de son livre témoignage intitulé Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? Il explique comment le procédé fonctionne en Californie : on achète des ovocytes, on achète ou on fait don des spermatozoïdes, puis on « loue » ensuite les services d’une femme qui sera ainsi la mère porteuse. La chaîne de production est assurée. Dans ce triangle scabreux, si l’argent n’est pas roi, on perd à tous les coups. Entre jésuitisme et tartuferie, Fogiel ne veut pas dire qu’à la différence de l’adoption d’un enfant du tiers-monde, la GPA permet a minima de fournir un enfant dont l’ADN sera nécessairement le plus parfait possible : sans tare génétique et avec le quotient intellectuel le plus élevé possible.

L’humanisme conçu par les Lumières s’était donné pour fondement l’irréductibilité de la nature humaine. Toute forme d’esclavage allait être abolie. La dignité de la condition humaine n’était plus seulement un droit, mais l’ultime devoir. Emmanuel Kant (1724-1804) manifesta ainsi le sens de ce dernier : “Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen.” Mais pour autoriser malgré tout le salariat, l’humanisme devait s’appuyer sur le principe libéral des relations citoyennes : le contrat. Les devoirs humains se transformaient en droits individuels. Les relations humaines n’avaient plus de sens hors de la contractualisation. Près de deux cent trente années de droit-de-l’hommisme passant par là, l’exigence de liberté individuelle finit par dicter sa loi à n’importe quel type d’échange. Le droit à la différence et l’égalité des chances furent érigés en normes suprêmes : l’individualisme était opposé subrepticement au républicanisme. Les liens entre les citoyens devenaient tout à la fois culturels, contractuels, superficiels et artificiels. Résultat : l’individu aime maintenant se complaire dans le rôle d’hyperconsommateur. On n’est libre que si on a le pouvoir d’acheter. Or, si tout est achetable ou louable, tout est jetable. Pis encore : la distinction entre l’amour et le sexe a débouché sur celle entre le sexe et la procréation. La société du spectacle et l’ordre de la marchandisation ne voient pas d’inconvénient à spéculer sur des ovocytes et des spermatozoïdes. Pas étonnant, alors, qu’il soit permis d’employer une femme pour porter l’enfant d’un autre. Les vertus humanistes sont-elles devenues folles ?

L’homosexualisme est en train de réaliser ni plus ni moins qu’un projet transhumaniste : les gagnants de la mondialisation pourront opter pour une autoproduction d’eux-mêmes avec un niveau de perfection génétique exponentielle, tandis que les illibéraux, ou les irrévérencieux, devront inéluctablement mourir de leur petite mort. En attendant, l’écologie libérale-libertaire continuera à se faire passer pour un environnementalisme responsable et humanitaire. L’on nous prépare l’avènement d’une humanité supérieure que personne n’aurait pu imaginer autrefois.

L’angoisse que suscite la mort est emplie de vices. Et à l’ère de l’angoisse, tous les possibles ont la prétention de devenir réels. Ce monde virtuel ne peut pas avoir de vertus. Le transhumanisme, c’est l’avènement d’un nouvel eugénisme.

À lire aussi

Droite libérale-conservatrice : stupeur et tremblements

Dans un monde sans frontières se fait encore plus pressante l’urgence identitaire …