Editoriaux - Médias - Politique - 1 avril 2017

Et les PRAFistes, dans tout ça ?

À trois semaines du scrutin, la compétition commence enfin à tourner à l’affrontement idéologique : les quatre candidats semblant en mesure de se détacher incarnent les quatre grands courants qui divisent la France, courants qui résultent de toutes les combinaisons de mariage possibles entre le libéralisme et l’antilibéralisme.

Les deux premiers mariages correspondent, ainsi, au couple Mélenchon-Fillon. Là où Mélenchon recueille les suffrages des antilibéraux libertaires, François Fillon attire à lui les libéraux antilibertaires, ce qui correspond à une opposition radicale entre l’association gauche économique-gauche sociétale et une combinaison droite-droite.

Là où le tribun du Front de gauche souhaite un État impotent qui contrôle les patrons, François Fillon rêve d’une plus grande liberté d’entreprendre et d’une réduction du nombre des fonctionnaires. Et là où Jean-Luc Mélenchon réclame à grands cris le mariage, l’avortement et l’euthanasie pour tous, on se montre beaucoup moins enthousiaste du côté du candidat LR.

L’autre couple en compétition, c’est le binôme Emmanuel Macron-Marine Le Pen, qui incarnent respectivement le mariage libéral-libertaire pour Macron et le mariage antilibéral-antilibertaire pour Marine Le Pen. Cela correspond à un couple droite économique-gauche sociétale pour la marionnette d’En Marche ! et gauche économique-droite sociétale pour la présidente du FN ; frontières ouvertes pour les capitaux, les marchandises et les immigrés du côté de Macron ; contrôle des frontières du côté de Le Pen ; promotion paradoxale du transsexualisme et du salafisme pour Emmanuel Macron, lutte contre l’islamisme et relatif conservatisme pour Marine Le Pen.

Si Jean-Luc Mélenchon parvient à phagocyter ses concurrents de la ligne gauche-gauche, en particulier Benoît Hamon, si Emmanuel Macron ne pâtit pas trop de sa vacuité, si François Fillon se remet mieux que prévu des “affaires” et si Marine Le Pen souffre de la concurrence de Nicolas Dupont-Aignan, chacun des quatre porte-drapeau se trouvera autour de 20 % des voix et toutes les combinaisons restent envisageables pour le second tour : Fillon-Le Pen, Macron-Le Pen, Mélenchon-Le Pen, Fillon-Macron, Fillon-Mélenchon et même Mélenchon-Macron !

Cependant, à trois semaines du scrutin, un cinquième homme peut encore venir chambouler tous les scénarios dans la mesure où le courant le plus nettement dominant reste celui des abstentionnistes, des indécis et des adeptes de ce que les médias appellent désormais la PRAF-attitude, acronyme de “Plus rien à foutre”. Si le très rafraîchissant Jean Lassalle parvient à se présenter comme une alternative au vote blanc, comme la tarte à la crème dans la gueule du système, il peut décoller brusquement et se rapprocher des leaders des sondages.

Qui donc peut sérieusement imaginer ce “berger à l’Élysée”, me direz-vous ? Lorsqu’on songe que François Hollande est notre actuel Président et que certains voient Emmanuel Macron lui succéder, on se dit que l’hypothèse Jean Lassalle Président est beaucoup moins surréaliste et surtout bien moins effrayante !

À lire aussi

Traiter les Français de manière équitable : on peut toujours rêver !

On murmure que l’Élysée aurait pris la décision de poser en ce sens des actes tranchants. …