Editoriaux - Manifestations - Social - 24 septembre 2019

Est-il désormais devenu impossible de manifester paisiblement en France ?

C’est bien ce qu’il semble, au regard des incidents survenus, samedi dernier, lors des manifestations organisées à Paris en faveur du climat. Des milliers de personnes – hommes, femmes, enfants, personnes âgées -, parfois venues de loin pour dire leur préoccupation sur l’évolution climatique que connaît notre planète, se sont ainsi, une nouvelle fois, retrouvées prises au piège entre casseurs et forces de l’ordre. Profondément choquées, plusieurs d’entre elles ont ainsi fait savoir qu’elles ne reviendraient plus manifester.

Qu’ils soient syndicalistes, militants associatifs ou même policiers, nombreux sont ceux qui se souviennent encore d’une période où participer à une manifestation de voie publique était certes une démarche engagée, mais aussi l’occasion de participer à une fête citoyenne. La possibilité, au-delà de son devoir d’électeur, d’exprimer une opinion sur des sujets de société aussi nombreux que variés. Bien sûr, il pouvait arriver en fin de cortège que se produisent quelques bousculades. Mais le plus souvent, grâce à une concertation préalable et de tous les instants entre forces de l’ordre et organisateurs, le calme revenait rapidement et tout rentrait dans l’ordre.

Que s’est-il donc passé, au cours de ces dernières années, pour que le droit de manifester se transforme peu à peu en droit de détruire et de casser, et que la violence soit maintenant systématiquement au rendez-vous ? En effet, aujourd’hui, plus une manifestation d’envergure ne se déroule dans les villes de France sans qu’elle n’ait son lot de blessés – parfois graves -, son lot d’arrestations, son lot de destructions, à tel point que l’on ne parle plus, aujourd’hui, que d’émeutes, voire de scènes de guérilla urbaine.

Une des raisons profondes réside certainement dans l’incapacité de nos institutions à organiser et à faire vivre le dialogue social. Politiques, syndicalistes et l’ensemble des corps intermédiaires ont, peu à peu, perdu toute crédibilité aux yeux des Français, ces derniers se retrouvant dans l’impossibilité de se faire entendre autrement que par le biais de mouvements inorganisés et incontrôlables, dont celui des gilets jaunes a été un révélateur évident. Par ailleurs, cette tendance lourde n’a pas échappé à des mouvements extrémistes et identitaires qui ont vu là une occasion d’exprimer la violence dont ils sont intrinsèquement porteurs. Face à cette évolution, les forces de l’ordre n’ont pu et ne peuvent que mettre en œuvre les techniques de maintien et de rétablissement de l’ordre qui sont les leurs. Elles n’encadrent plus les manifestations, elles les répriment parce qu’elles sont systématiquement prises pour cibles. Et tout cela procède, in fine, d’un vaste mouvement de déstabilisation d’un État devenu incapable de gérer des mouvements sociaux qui ne feront que s’étendre et, sans doute, deviendront de plus en plus violents.

Évolution inéluctable d’une société qui s’impatiente de trouver des solutions à des problèmes sociaux et économiques récurrents ? Fin d’un cycle où la parole et les idées présidaient à l’évolution de notre monde ? Fureur libérée face à l’incompréhension qui s’est installée entre le peuple et ses dirigeants ? Peur d’un avenir plus que jamais incertain pour des millions de nos concitoyens ?

Certainement un peu de tout ça avec, en toile de fond, des institutions désormais inadaptées et, en conséquence, devenues inefficaces pour résoudre les problèmes de demain.

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