Editoriaux - Politique - 5 juin 2019

Enfin Larcher vint…

Tiens, au fait, on en est où, du fameux grand débat ? Ou, du moins, de ce qui devait en accoucher ? Un clou chasse l’autre, les élections sont passées, sans trop d’encombres pour le pouvoir en place et le dernier carré de gilets jaunes n’intéresse plus grand monde. Et on a oublié le grand débat national. La mémoire du poisson rouge est proportionnelle à la circonférence de son bocal : une loi physique qui semble se confirmer chaque jour un peu plus. On retiendra, seulement, que la non-augmentation des taxes sur le carburant sera probablement largement compensée par la hausse du prix de l’électricité de 5,9 % au premier juin. Comme quoi rien ne se perd, tout se transforme – autre loi physique, plus connue que la première.

Le grand débat, donc. Il n’est plus national mais, désormais, s’invite chez Les Républicains. Laurent Wauquiez, au lendemain de la défaite, proposait, histoire d’essayer de repousser l’heure du bourreau, moins rigolote que celle du laitier, des « états généraux de la refondation des Républicains ». Il voulait aller vite. États généraux : c’est bien, ça. Comme nous le disions ici même en janvier dernier, en France, on fait des états généraux à peu près sur tout et n’importe quoi. Emmanuel Macron, qui a tout de même quelques notions d’Histoire, a dû se souvenir comment ça avait terminé la dernière fois, lorsque la France organisa des états généraux vraiment généraux. D’où, probablement, le « grand débat national ».

Dès mercredi 29 mai, donc, Laurent Wauquiez envoyait une note à Gérard Larcher expliquant le but de ces états généraux : bâtir un « socle de valeurs communes », construire les « fondations d’un projet alternatif de redressement » du pays et définir un « mode de fonctionnement entre chaque sensibilité constitutive des Républicains ». On pensait que tout cela existait déjà. Visiblement, non. Il voulait aller vite, mais ils sont allés plus vite que lui. Sans passer par la case « états généraux », Laurent Wauquiez est passé directement à la case échafaud. Dimanche soir, en direct sur TF1, Laurent Wauquiez, avant qu’on l’oblige de mettre la tête sur le billot, résigna sa charge. Non sans panache. En tout cas, bien au-dessus des revirements assez risibles, voire indignes, de certains petits marquis comme Geoffroy Didier et autres Guillaume Peltier.

Et mardi 4 juin, tel le deus ex machina de la commedia dell’arte, enfin Larcher vint. Et que propose le président du Sénat ? Une « convention nationale » en octobre, quand Wauquiez proposait ses états généraux en septembre. Là, franchement, on est admiratif de tant d’imagination en action. L’art de pousser la boule vers l’avant et de trouver la formule qui en jette. Que propose notre conventionnel de Rambouillet ? « Rassembler ». À 20 %, il fallait rassembler. À 15 %, toujours rassembler. À 10 %, rassembler encore. À moins de 10 %… rassembler qui et sur quoi, est-on tenté de demander ? On se pose une autre question : y croient-ils vraiment ou font-ils semblant ? Il est vrai que la simulation est tout un art, dans l’amour, à la guerre comme en politique.

Laurent Wauquiez voulait construire des fondations. Gérard Larcher, lui, estime qu’il est « urgent de rassembler la droite et le centre pour construire une alliance durable sur le terrain via une plate-forme commune », faisant semblant d’ignorer que le gros des troupes du centre est déjà parti avec armes et bagages chez Macron. « Fondations », « plate-forme ». Va falloir y aller méchamment avec la bétonnière, les gars. Juste un petit détail : construire une maison sur une faille sismique, c’est pas un peu risqué ? Mais bon, c’est vous qui voyez…

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