La Thuringe, un État situé dans l’est de l’Allemagne, est gouvernée depuis la fin de l’année 2014 par le post-communiste Bodo Ramelow, de Die Linke, qui conduit une coalition regroupant son parti, les sociaux-démocrates du SPD et les écologistes de Die Grünen. Lors des élections pour le Parlement de Thuringe du 27 octobre 2019, cette coalition est devenue minoritaire. Les deux partis de centre droit – la CDU, démocrate-chrétienne, et le FDP, libéral – refusant de gouverner avec les patriotes de l’AfD, la formation d’une nouvelle coalition est mathématiquement impossible.

En conséquence, Bodo Ramelow, candidat à sa propre succession, n’a pas d’autre choix que de chercher le soutien extérieur de la CDU et/ou du FDP afin de s’assurer une majorité pour la reconduite de son gouvernement rouge-rouge-vert.

Or, une porte vient de s’ouvrir du côté de la CDU. En effet, plus de deux mois après le scrutin, l’ancien ministre-président CDU du gouvernement de Thuringe Dieter Althaus appelle son parti à de nouvelles formes de coopération avec la formation post-communiste Die Linke. Il propose, au sein de l’organe de presse Thüringer Allgemeine, l’élaboration d’un « gouvernement de projets » regroupant les deux partis : « Pour moi, la tâche consiste à définir rapidement pour la Thuringe des projets de conversations constructives entre Die Linke et la CDU. » Il précise que ces projets peuvent conduire à une collaboration entre les deux partis et même à la formation d’un gouvernement : « Lors du choix du personnel pour un tel gouvernement, les compétences et pas l’appartenance à un parti doivent être au centre. »

Le président de la CDU de Thuringe et dirigeant du groupe des élus de ce parti au sein du Parlement de Thuringe, Mike Mohring, se montre ouvert à cette idée.

La dirigeante de Die Linke en Thuringe, Susanne Hennig-Wellsow, peut concevoir des conversations avec la CDU, tout en précisant que son parti vise à former un gouvernement rouge-rouge-vert minoritaire : « Si la CDU veut participer à rendre un gouvernement minoritaire stable et la Thuringe gouvernable de manière stable, je n’ai absolument rien contre. »

Le ministre-président Bodo Ramelow se félicite de cette proposition : « Je salue chaque mouvement au sein de la CDU qui conduit finalement à un travail fiable de gouvernement. »

Si ce dernier, originaire de l’ouest de l’Allemagne, n’est pas compromis dans le régime communiste d’autrefois, Die Linke, arrivée première avec 31 % des voix lors des élections pour le Parlement de Thuringe, porte l’héritage du parti qui a dirigé, durant plusieurs décennies, la République démocratique allemande, le SED. Le nombre de dirigeants locaux de Die Linke ayant exercé des fonctions au sein de cette formation politique est particulièrement élevé. Le président exécutif du groupe des élus de Die Linke au Parlement de Thuringe, André Blechschmidt, a même été, à l’époque du communisme, collaborateur informel de la Stasi, la police politique du régime. Un autre élu Die Linke de cette assemblée, Ralf Kalich, a été officier professionnel dans les troupes frontalières, des unités chargées d’éviter la fuite de citoyens, y compris en recourant à l’utilisation d’armes à feu.

La Thuringe, au sein de laquelle une majorité des électeurs ayant choisi de se rendre aux urnes a voté pour les partis anti-système Die Linke et AfD, pose des problèmes à la CDU qui, parce qu’elle refuse tout contact avec les patriotes de l’AfD, se retrouve contrainte de choisir entre soutenir de l’extérieur un gouvernement de gauche dirigé par les post-communistes ou participer à l’exécutif avec ces derniers.

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