Editoriaux - Politique - 27 décembre 2018

Emmanuel Macron peut-il encore éviter un annus horribilis en 2019 ?

Les fins d’année sont propices aux bilans et aux prophéties sur l’année à venir. On se souvient des célèbres vœux de De Gaulle en 1967 : “Que sera 1968 ? L’avenir n’appartient à personne et je ne le prédis pas.” On connaît la suite de ses vœux bonhommes. Et de l’histoire… Pour Emmanuel Macron, au contraire, l’année se finit mal. Et l’on peut légitimement se livrer à quelques hypothèses, surtout quand, régulièrement, tout au long de l’année 2018, on a alerté sur la colère qui couvait et que ni lui ni son gouvernement ni sa majorité ne daignaient voir. Et, sans être alarmiste, force est de reconnaître que 2019 se présente très mal pour Emmanuel Macron.

Économiquement, la croissance qui devait ruisseler grâce aux premiers de cordée s’est envolée. L’INSEE a revu celle de 2018 à la baisse (1,5 %) et annonce, dans le meilleur des cas, un 1,3 % pour 2019… Ce qui rend les prévisions budgétaires du gouvernement peu crédibles.

Socialement, le mouvement des gilets jaunes a fait basculer le quinquennat. Le Président et le Premier ministre ont reculé. Ils ont cédé à la rue, à ceux qu’ils n’ont pas hésité à appeler des « séditieux ». Comment imposer, alors, des réformes – et des efforts – aux futurs retraités, c’est-à-dire aux actifs d’aujourd’hui ? Avant le mouvement des gilets jaunes, la stratégie tout en rondeur de Jean-Paul Delevoye avait consisté à repousser cette réforme difficile après les européennes, histoire de ne point trop fâcher l’électeur. Édouard Philippe, qui a mangé son chapeau, peut bien claironner, en mode boxeur, dans le JDD : “Je prends des coups mais je peux en donner.” Personne n’est dupe : à la prochaine alerte sociale, même inférieure à celle de 2018, il risque de tomber.

Politiquement, enfin, si Emmanuel Macron a refusé jusqu’à présent une initiative significative, il ne pourra pas en faire l’économie, surtout si son parti perd les élections européennes de mai, qui auront valeur de test. Le départ d’Édouard Philippe, donc. Mais le macronisme en berne n’attirera guère les têtes d’affiche de la droite centriste et sociale, comme ce Xavier Bertrand dont Le Monde croit voir l’étoile monter : pourquoi aller se démonétiser auprès d’un Président aussi impopulaire ? Finalement, la meilleure solution pour Emmanuel Macron serait une dissolution qui lui apporterait une cohabitation bienvenue, soit qu’elle lui permette de se refaire une santé dans le rôle de l’opposant, comme Mitterrand et Chirac, soit qu’il choisisse, pour donner une autre consistance à sa ligne centriste du « en même temps », de soutenir une majorité d’union nationale LREM-LR en bonne et due forme.

Bon, finalement, pas si horribilis que ça, 2019 ?

Mais vous aurez compris que – conte de Noël oblige – ces esquisses ne tenaient pas compte de la remontée des taux, de l’envolée de la dette, des risques de krach, des ratés du prélèvement de l’impôt à la source dès janvier, du malaise des classes moyennes et des fonctionnaires, du mécontentement de la police, de la réforme du bac, de la politique de Trump, de la libération de 450 djihadistes. Pas compte, non plus, du fait que Christophe Castaner est ministre de l’Intérieur, Benjamin Grivaux porte-parole du gouvernement et… Emmanuel Macron président de la République.

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