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Editoriaux - Politique - Société - 25 septembre 2019

Elle en a de la chance, la France !

Elle en a de la chance, la France ! Et les Français ne s’en rendent même pas compte. Du moins, pas toujours. Bien sûr, tout le monde connaît cette évidence, en son temps révélée par le regretté Bernard Stasi (1930-2011) dans son livre, publié en 1985, L’Immigration : une chance pour la France, et, depuis, jamais démentie.

Celui qui avait été un éphémère ministre des Départements et Territoires d’outre-mer sous Pompidou avait eu une intuition : « L’intuition qu’au-delà des difficultés qu’il provoque, le choc de l’immigration peut être salutaire pour le pays. Il peut aider à mieux comprendre notre époque, à s’adapter davantage à un monde qui ne trouvera son salut que dans l’échange, l’interdépendance, la solidarité. Bref, l’immigration peut aider les Français à choisir la France de l’ouverture. » C’était beau, grand et généreux, comme disait de Gaulle. Trente-cinq ans après, on peut juger de cette intuition et de cette chance.

Aujourd’hui, on nous refait le coup de la chance pour la France. Mais pour un tout autre sujet : la PMA. C’est qui en fait la réclame à la tribune de l’Assemblée pour lancer le débat. Il ne l’a pas dit tout à fait comme ça, le ministre de la Santé, mais c’est du pareil au même : cette réforme sociétale « est une chance et même un privilège pour notre société ». Si, en plus, c’est un privilège, alors, pas moyen de se refuser ça ! Ce serait trop bête.

C’est amusant, du reste, que ce mot de « privilèges ». On croyait que la nuit du 4 août les avaient supprimés. Oui, mais non. En fait, on en a créé d’autres. À chaque époque les siens. En France, on n’aime pas trop les privilégiés mais, en revanche, on n’est pas contre les privilèges, surtout si c’est pour soi-même. C’est même devenu un argument marketing. Qui, en effet, n’a pas sa carte privilège au fond de son sac à main ou portefeuille ? Celle qui vous permet d’être informé en priorité des dernières offres promotionnelles, de bénéficier d’avantages clients, de services exclusifs. Donc, le bon docteur Buzyn veut offrir une carte privilège à toutes les femmes de ce pays qui voudront avoir un bébé sans père. Cela ne se refuse pas, c’est gratuit, sans engagement et ne porte préjudice à personne, vu qu’on n’enlève aucun droit et qu’on ne fait qu’en offrir de nouveaux.

Donc, une chance pour la société. La chance, c’est le hasard. Et le hasard, paraît-il, ne fait pas toujours bien les choses. Il y a ceux, à la naissance, qui tireront le bon numéro et ceux qui hériteront du mauvais. Quel est le bon ? Quel est le mauvais ? À vous de juger.

Madame Buzyn ne nous dit pas si elle a eu une intuition – pourtant, ça existe, l’intuition féminine, dit-on – au sujet de cette chance pour notre société que serait la PMA. Ce « choc » (pour reprendre le mot de Bernard Stasi sur l’immigration) de civilisation sera-t-il « salutaire » pour notre société ? Rendez-vous dans trente-cinq ans. Peut-être avant.

Les Français confient leur sort à des accros aux jeux de chance qui n’ont aucune idée de la manière dont les dés vont terminer leur course sur le tapis. Et l’on dira que c’est la faute à pas de chance.

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