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Editoriaux - International - 2 mars 2020

Donald Trump fait la paix avec les talibans. Et après ?

Pour reprendre une expression si galvaudée, l’accord de paix entre USA et talibans, serait « historique », même s’il ne s’agit pas, à proprement parler, d’un « accord de paix » ; mais seulement d’un arrangement plus ou moins ponctuel obéissant aux raisons qui suivent.

La première, c’est que dix-huit ans de guerre menée sans objectif précis et contre un ennemi mal déterminé constitue la plus longue guerre menée par les USA hors de leurs frontières. Et ce, pour des résultats peu probants. Sans négliger le fait que cette équipée sauvage aurait coûté près de deux mille milliards de dollars au contribuable américain ; soit la dette publique de la France, en gros. Longtemps, la Maison-Blanche a tenté de dissimuler la réalité ; mais pour demeurer plausible, un mensonge ne peut durer plus que de raison.

La seconde, c’est qu’il faut être abonné à Télérama ou écouter France Inter tous les matins pour imaginer qu’il ait pu y avoir franche rupture entre (le méchant) et Barack Obama (le gentil), alors que les objectifs géostratégiques de Washington se suivent et se ressemblent, malgré la tonalité que peuvent leur donner leurs présidents successifs. Pareillement, on s’abstiendra de lever le voile sur les inquiétude sociétales de certaines de nos autorités morales selon lesquelles il faudrait s’alarmer qu’un possible retour des talibans aux affaires puisse interdire aux filles d’aller à l’école et de les obliger à porter le tchador.

À l’intention de ces dernières, précisons qu’une telle prise de pouvoir ne changerait rien de fondamental en ces contrées, sachant qu’en dehors de Kaboul, il n’y a pas d’écoles, pas plus pour les garçons que les filles, et que ces dernières, dans les campagnes –  95 % de cambrousse, notons-le -, n’ont jamais cessé de porter ce même tchador, quels que soient les régimes en place.

La troisième, c’est ce pragmatisme anglo-saxon voulant qu’il ne faut pas s’entêter plus que de raison là où le plan brillamment pensé dans les bureaux peine à fonctionner sur le terrain : ce qui fut vrai pour le Vietnam l’est tout autant, si ce n’est plus encore, en .

Bref, pour en revenir à cette continuité de la diplomatie américaine, ce n’est pas Donald Trump qui a initié ce désengagement américain du théâtre européen et oriental en général, ou afghan, tout cela ayant été théorisé du temps de son prédécesseur qui poursuivait la logique de son administration ; la Chine étant, pour les États-Unis, l’ennemi principal des décennies à venir, tel que maintes et maintes fois ici rappelé, concept bien avant théorisé par la CIA dès la chute du mur de Berlin.

Du coup, il y a cet accord un peu monté de guingois, à l’occasion duquel les USA laisseront les Afghans se débrouiller entre eux tout en faisant semblant d’y avoir toujours un œil, un peu comme ils l’ont fait à l’issue d’une autre guerre tout aussi hasardeuse au Vietnam. À l’époque, ils avaient financé le communisme local afin de chasser les Français pour ensuite se retrouver embringués dans un autre conflit sans issue contre ce même ennemi communiste. Pour, après, lâcher le Vietnam du Sud au profit de celui du Nord.

Comme rempart contre la tyrannie bolchevique, on a vu mieux et il n’y a plus guère que Chuck Norris pour croire à la chimère du « monde libre ». Le comble, c’est que ces mêmes USA, après avoir entraîné les Soviétiques dans le bourbier afghan, ne savent plus, aujourd’hui, comment s’en sortir, si ce n’est en faisant semblant de rien. D’où cette capitulation en rase campagne donnée pour « accord de paix ».

Après, le peuple afghan ; lequel n’en est pas vraiment un, puisque composé de Tadjiks et de Pachtouns, d’Hazéris et d’Ouzbeks, pourra encore, à défaut de se réconcilier, se confronter à cette occasion historique consistant à se diviser un peu moins que d’habitude. En attendant, ils auront démontré qu’eux, ne se mêlant jamais des affaires du vaste monde, peuvent en remontrer à quiconque vient s’inviter dans les leurs.

Après l’URSS, les USA sont en train de s’en rendre compte. Mieux vaut tard que jamais.

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