Editoriaux - Environnement - Société - 17 juin 2019

Descendre dans la rue pour la nature : et pour la nature humaine, on fait quoi ?

Il y a trente ou quarante ans, j’aurais dû descendre dans la rue. J’aurais dû me mobiliser pour la protection de notre Terre et contre l’exploitation sans limite de nos ressources naturelles. Je ne l’ai pas fait et j’en demande pardon à la jeune génération. Je suis resté tranquille dans mon confort, écoutant amusé et nonchalamment les mises en garde de René Dumont, Brice Lalonde, Antoine Waechter ou encore José Bové. « Il y aura toujours moyen de s’en sortir… on trouvera des moyens de réguler… l’homme inventera des technologies pour parer aux problèmes qui surgiraient ! » C’était à peu près ce que je pensais dans mon for intérieur et nous étions nombreux à penser ainsi ; ou, plutôt, à éviter de trop penser, devrais-je dire.

Aujourd’hui, j’ai 57 ans et je descends dans la rue. Je me mobilise pour la protection de notre nature et destinée humaine. Vous vous dites que ça n’a rien à voir ? Au contraire, ça a tout à voir ! Aujourd’hui comme hier, c’est notre mode de vie qu’il faut changer ! C’est à un véritable changement de paradigme qu’il faut appeler. Hier, je voulais des cerises en hiver, aujourd’hui je veux un enfant, mais sans père. Hier, je voulais qu’un poisson pêché en mer du Nord soit transformé en Chine pour revenir ensuite à bas prix dans les rayons de mon supermarché. Aujourd’hui, je veux qu’une femme de 61 ans (ménopausée depuis dix ans) puisse porter l’enfant de son fils et de son compagnon, conçu grâce aux ovocytes de la sœur du compagnon. Hier, je voulais que nous puissions tous voyager partout, souvent et à bas coût, aujourd’hui, nous voulons que tous puissent bénéficier de la procréation artificielle et remboursée par la Sécu !

C’est la même logique dévastatrice, hier comme aujourd’hui : tant que les progrès de la science et des technologies le permettent, il faut le faire ! Et, surtout, s’interdire de réfléchir aux conséquences. Aujourd’hui comme hier, ceux qui alertent sur les conséquences sont décriés et ringardisés.

Et si le véritable progrès était de savoir interroger nos limites ? Aujourd’hui comme hier, nous avons une vue à court terme et nous manquons de sagesse. Je voulais consommer sans limite et maintenant, je veux procréer sans limite. Et tant pis si, dans quarante ans, nous constatons, affolés, les dégâts sur notre tissu humain, comme nous pleurons aujourd’hui sur la fragilité de notre biodiversité.

Détourner la nature et la médecine pour imposer une PMA sans père, c’est, à terme, signifier que « 2 mamans » et « 2 papas », c’est la même chose, et donc nier la différence des sexes. Or, l’anthropologue féministe Françoise Héritier l’affirmait : « La différence des sexes structure la pensée humaine puisqu’elle commande les deux concepts primordiaux : l’identique et le différent. » Qui, aujourd’hui, alertera que vouloir faire de la PMA pour toutes un modèle de société risque fort de déstructurer le principe même de la pensée humaine ?

Je fais un vœu : que la jeunesse d’aujourd’hui soit moins aveugle que celle de ma génération. Que les jeunes se mobilisent pour sauver notre planète et l’humanité des enfants qui l’habiteront. Jeunes de 2019, ne soyez pas que des indignés, soyez des prophètes !

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