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Décodons les Décodeurs !

Un professeur de médecine reconnu a vu récemment ses propos qualifiés de « partiellement faux » par le Décodex du Monde et, par voie de conséquence, a été censuré par Facebook  : il s’agit du professeurs Raoult, ravalé de facto implicitement au rang de charlatan pourvoyeur de « fake news » par des journalistes n’ayant aucune compétence particulière en médecine. Notons que le Décodex faisait aussi partie des outils de fact-checking sélectionnés pour le site d’information officiel « Désinfox coronavirus » du gouvernement (site aujourd’hui retiré face au tollé que la création de ce « ministère de la Vérité » avait suscité).

Ces récentes polémiques ont mis en lumière des pratiques arbitraires mettant gravement en jeu la liberté d’expression. Un contributeur de Boulevard Voltaire en a ainsi fait les frais pour un article paru, en janvier 2020, traitant des feux de forêt en . Démonstration.

Petit retour en janvier 2020 : depuis le mois de juin 2019, une grande surface de l’Australie est ravagée par des feux de brousse. Pour les médias mainstream, c’est le fameux réchauffement climatique qui, à lui seul, explique l’ampleur des incendies. Un contributeur de Boulevard Voltaire, Marc Le Menn, scientifique travaillant dans le domaine des sciences de la mer, prend la plume pour expliquer à nos lecteurs  que « la situation n’est cependant pas si simple », qu’il y a d’autres explications. Une démonstration qui va à l’encontre du « prêt-à-penser » du qui, le 12 janvier, signale le contenu de l’article de Marc Le Menn avec la mention « EN PARTIE FAUX : le changement climatique joue bien un rôle dans l’intensité des feux », vidéo à l’appui. Une censure qui n’est pas sans rappeler le traitement médiatique réservé au Dr Raoult. En conséquence de cette « sentence », Facebook a donc envoyé une notification à Boulevard Voltaire, réduisant sa visibilité et le sommant de retirer l’article.

Seule la « vérité officielle » édictée par les Décodex aurait donc voix de cité ? Boulevard Voltaire est un espace de liberté de parole. Pour lutter contre cette chape de plomb, la rédaction a souhaité faire réagir Marc Le Menn et lui laisser le loisir d’exposer ses arguments face au Decodex.

La rédaction de Boulevard Voltaire m’a fait part d’une nouvelle que je pensais à peine possible : un de mes articles, celui portant sur l’origine des feux en Australie, a été censuré sur Facebook. À l’origine de cette censure, les « Décodeurs » du journal Le Monde. Pour faire office de « vérité officielle », ceux-ci ont mis en ligne une vidéo intitulée  « Pourquoi les incendies en Australie sont-ils si vastes et si violents cette année ? »

Pour comprendre pourquoi mon article a été banni, reprenons point par point les arguments que j’ai développés et ce qui tient lieu de vérité officielle.

1) Vérité officielle numéro 1 : pour le  Decodex, les incendies de 2020 sont exceptionnellement vastes et violents

Dans mon article paru en janvier et censuré, j’écrivais : « On est encore loin du record de surfaces brûlées, en 1974, dans le centre de l’Australie. »

Version Décodex

Ce qui n’est apparemment pas l’avis du Décodex, qui titre sa vidéo : « Pourquoi les incendies sont-ils si vastes et si violents ? » Les censeurs laissent ainsi entendre que jamais, sur le territoire australien, des incendies n’avaient pris une telle ampleur.

Argument contraire : et pourtant, les chiffres sont là. Les incendies de 2019-20 n’ont rien d’exceptionnels pour le territoire australien. S’il est vrai que les incendies de 2019-2020 ont été vastes et violents, il faut savoir que les incendies de 1974-75 avaient touché 15 % du territoire, soit 117 millions d’hectares, contre 11 millions d’hectares en 2020. En revanche, ils ont eu plus de conséquences économiques en 2020 car ils ont touché des régions plus densément peuplées. Un rapport parlementaire, sorti en 2010, a fait apparaître qu’il y a eu 18 incendies majeurs entre 1939 et 2010, chacun ayant donné lieu à une commission d’enquête. Les incendies de 2019-20 n’ont donc rien d’exceptionnel pour le territoire australien, contrairement à ce que laisse entendre le Decodex.

2) Vérité officielle numéro 2 : pour le Décodex, le seul réchauffement climatique est à l’origine des feux de brousse

Dans mon article paru en janvier sur Boulevard Voltaire, j’affirmais que « pour la presse française, un seul coupable possible : le réchauffement climatique, et surtout la posture climato-sceptique du Premier ministre australien Scott Morrison, libéral de surcroît, qu’il fallait punir ».

Version Décodex

Cette affirmation va à l’encontre de la version officielle. C’est sans doute pour cette raison que le Décodex pointe « le manque d’ambition » du Premier ministre Scott Morrison pour  combattre le réchauffement climatique et affirme, en conclusion de sa vidéo : « Les climatologues s’accordent à dire qu’en Australie, l’intensification des périodes de sécheresse et l’augmentation des températures sont des conséquences du réchauffement climatique et sont amenées à s’aggraver. »

Argument contraire

Il se trouve que l’année 2019 a bien été une année de sécheresse, comme on peut le voir sur ce graphique du Bureau météorologique australien donnant l’historique des précipitations en Australie, mais, comme je le soulignais dans l’article censuré par le Décodex, elle reste une exception si on la compare aux années de la fin de la période 1970-2017.  L’affirmation du Décodex est donc bien une contre-vérité. De plus, une tendance climatique ne se juge pas sur une année mais sur des périodes plus longues d’au moins trente ans.

Le Décodex aurait pu avoir la sagesse de reprendre le communiqué de l’Académie des sciences australienne : « Les feux de brousse, ainsi que d’autres défis météorologiques et climatiques, posent des problèmes complexes et de grande envergure. La croissance démographique, le changement climatique, les températures extrêmes, les sécheresses, les orages, le vent et les inondations se croisent de manière difficile à démêler et à résoudre. »

3) Vérité officielle numéro 3 : pour le Décodex, aucune autre cause réelle des incendies n’est recevable

J’évoquais, dans mon article censuré du mois de janvier, les effets néfastes des lois sur l’environnement mises en place en Australie dans les années 2000, comme l’interdiction des brûlages préventifs qui rendent l’entretien du bush impossible au nom de la préservation de la biodiversité, l’interdiction de pénétrer dans les parcs nationaux pour la même raison. Par ailleurs, sachant que les arbres ne peuvent pas entrer en combustion spontanée quelle que soit la température de l’air, je faisais part des origines humaines des départs de feu. Comme déjà signalé, le nombre d’incendies volontaires est, en moyenne, de 62.000 par an, et ce chiffre augmente. Parmi eux, 13 % sont allumés volontairement, et 37 % de façon suspicieuse, ce qui fait que 85 départs d’incendie par jour sont volontaires. Plus de 180 incendiaires ont fait l’objet de poursuites, en janvier 2020.

Le réchauffement climatique n’explique pas tout, contrairement à ce que « la vérité officielle » voudrait nous faire croire. Encore faut-il pouvoir le dire…

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